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Alice et le maire: cimetière de l’éléphant

Quatre ans après Le Grand Jeu, Nicolas Pariser poursuit son entreprise de vivisection du et de la politique française, avec une acuité discursive éblouissante et une foi inébranlable dans une pensée dialogale et démocratique depuis bien longtemps inopérante dans le landerneau des décideurs.

Une jeune normalienne (Anaïs Demoustier), obtient un poste à la mairie de Lyon, à la « prospective » (première occurrence d’une novlangue devenue novpratique et réduisant toute velléité présentiste d’améliorer les choses à un cynisme censément anti-futur), et se retrouve à épauler le maire de Lyon, incarné par Fabrice Luchini, proto-Gérard Collomb (mais de gauche), dont la conviction politique n’est pas tant finie qu’enrouée. Pur film de langage(s) malgré sa force motrice échevelée et quasi-comique – ou quasi-américaine – Alice et le maire agit toujours à visage découvert, sans faux -semblants, sans mascarades, sans duperies: il s’agit, et il s’agira sans cesse, malgré diverses modulations, d’une didactique et d’une poétique de l’idée du pouvoir et du pouvoir des idées (tension sans cesse présente: celui qui pense est-il voué à l’inaction et celui qui fait est-il tenu à irréfléchir pour garder sa foi active ?), d’une quête d’un dialogue, c’est-à-dire, enfin, d’un message qui admet autant l’émetteur que le récepteur, un message qui n’est pas qu’un médium.

Pour se faire, Pariser applique à la lettre des préceptes édictés depuis longtemps par le film politique de fiction à la française, c’est-à-dire avec promptitude et fonctionnalité plus qu’avec le baroque américain des ors du pouvoir sans cesse torsionnés. Ici, on navigue dans de l’impersonnel, dans des couloirs blanchis par la bien-pensance, toute une structure architectonique ripolinée, héritage des années com’. Rendant une certaine noblesse à la Parole, qui se donne, se désavoue et se consume autant qu’elle peut sans cesse être ravivée à la faveur d’un simple regard, Alice et le maire regarde et écoute à la fois la solitude nimbée de lassitude de la première (le peuple et sa (bonne) conscience de gauche) et du second (ni arriviste ni raté, mais juste pathétiquement enfermé dans un rôle étouffant). Entre charge et charme, ce superbe second long-métrage réhabilite la fonction performative du langage – car penser et faire peuvent se mêler et se transmettre : cela s’appelle – entre autre – la démocratie.