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5B : hommage sensible à des pionniers de la lutte contre le sida

Dan Krauss et Paul Haggis parlent des prémices de l’épidémie du sida en consacrant un beau documentaire, rempli d’images d’archives, au service 5B de l’hôpital de San Francisco et à l’équipe de soignants qui a œuvré à dédiaboliser la maladie.

Pendant des années, jusqu’à ce que des formes de thérapie et de nouveaux médicaments émergent, le sida était une maladie sans possibilité de traitement ni de guérison. Comment, dès lors, parler du début de l’épidémie lorsque la maladie ne laissait aucune chance de survie à ses victimes ? Le documentariste Dan Krauss (The Kill Team) et le scénariste et réalisateur Paul Haggis (Collision, Dans la vallée d’Elah) se sont tournés vers le personnel soignant du service 5B du San Francisco General Hospital. Fermé en 2003, ce service fut créé en 1983 spécifiquement pour soigner les premiers malades du sida. Tous, alors, étaient issus de la communauté gay, dont la présence s’était affirmée à San Francisco dans les années 1970.

En 1983, la maladie était encore qualifiée de “cancer gay” : elle touchait une communauté stigmatisée, que dédaignait l’Amérique de Reagan, se parant de ses valeurs chrétiennes conservatrices. La recherche en était à ses balbutiements : pas de test de dépistage, une incompréhension des vecteurs de contamination… Cette méconnaissance du virus entraîna auprès du grand public comme des personnels soignants des craintes infondées, ainsi que des refus de soin. C’est dans ce contexte que le service 5B est créé au San Francisco General Hospital : géré par des médecins et des infirmiers et infirmières volontaires, ils se sont portés garants du serment d’Hippocrate, soignant les patients souffrant du sida comme n’importe quels autres. Quitte à se voir ostracisés pour leurs méthodes, jugées trop proches des patients (un comble) par leurs propres collègues. Ils cherchaient à soigner plutôt qu’à se limiter à traiter les symptômes, ils se sont faits accompagnants et confidents de malades se sachant condamnés.

Au fil des témoignages et de précieuses images d’archives, Krauss et Haggis livrent le portrait d’une Amérique déjà divisée, détournant le regard de l’épidémie, prête à en considérer les victimes comme des citoyens de seconde zone, coupables, finalement, d’avoir péché et de mériter leur sort. Un pays en proie à la peur – le président Reagan mettra plusieurs années à “nommer” publiquement la maladie -, encouragé en ce sens par des hommes politiques prêts à nier la tradition de terre d’accueil des États-Unis, et symboles d’un cruel immobilisme. Les cinéastes succombent, lors de deux séquences, à l’émotion facile, mais livrent un vibrant hommage à un personnel soignant pétri d’humanisme, et aux patients, la plupart anonymes, qui ont succombé à un fléau toujours d’actualité.

5B, Dan Krauss & Paul Haggis.