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Vernon Subutex

Adapter les romans de Virginie Despentes pour le petit écran, était-ce une bonne idée ? La question taraude le lecteur autant que le critique de séries… autant dire les deux hémisphères de notre cerveau. Si le côté lecteur a d’abord douté, le critique a fini par se laisser agréablement emporter.

 

Dans les années 90, Vernon Subutex était disquaire, sa boutique Revolver un repaire pour tous les amoureux du rock. Mais l’époque a changé, la boutique a fermé, maintenant Vernon se fait expulser de son appartement. Il cherche de l’aide auprès de sa vieille bande de potes, mais le plus riche et célèbre, le musicien Alex Bleach, a eu la mauvaise idée de mourir d’une overdose avant de lui léguer un testament vidéo qui semble intéresser le tout-Paris. Et plus on le cherche, plus Vernon s’enfonce dans la déchéance, se dilue dans la ville…

 

Voilà pour l’histoire, mais il faut avoir lu Virginie Despentes pour savoir que Vernon Subutex c’est aussi une écriture nerveuse, un talent inimitable pour camper des personnages qui sont autant de points de vue dans cette chronique sociale de notre époque, un récit aussi cru et violent que jubilatoire.

 

On se faisait donc un certain souci pour Cathy Verney (la créatrice de Hard, Canal +, 2008), contactée dès 2015 par l’auteure (1) et la productrice Juliette Favreul Renaud pour adapter en série les deux premiers tomes de Vernon Subutex. Pour la scénariste (également réalisatrice), ce sera près de quatre ans de travail, en partie avec la collaboration de Benjamin Dupas (Dix pour cent).

 

(c) Xavier Lahache – JE Films | Tetra Média Fiction | Canal +

 

En passant de l’écrit à l’écran, Vernon Subutex s’est incarné en Romain Duris et c’est une très bonne idée. Pas seulement parce qu’il est excellent acteur : à quarante-quatre ans, Duris incarne parfaitement cette génération perdue, celle qu’on a vu mûrir, du Péril jeune au Casse-tête chinois, devant la caméra de Cédric Klapisch. Le voilà prêt à endosser le rôle de Vernon, un héros « à la rue », dans tous les sens du terme.

Un rôle d’autant plus important qu’il est désormais le principal point de vue du récit, quand le roman était choral. On aurait cependant préféré que la série ne démarre pas avec sa voix-off, un procédé peu inventif en matière d’adaptation, ni par un flash-back qui manque de crédibilité, même s’il a le mérite de situer l’histoire pour les non-initiés. Disons-le, ce premier épisode n’est pas une franche réussite. Ainsi, la musique, omniprésente dans le livre, a curieusement du mal à trouver sa place dans les premières images.

 

Mais puisque nous avons vu tous les épisodes avant d’écrire cette critique, disons-le aussi, ces maladresses du premier volet vont s’estomper. Au fil des épisodes, la musique se fond dans le décor sans plus tenir de l’artifice, elle soutient une belle réalisation et se fait justement l’écho émotionnel des personnages – on a un faible pour l’inimitable voix de Daniel Darc, remâchant ses souvenirs en ouverture du quatrième épisode.

 

(c) Xavier Lahache – JE Films | Tetra Média Fiction | Canal +

 

Et aux côtés d’un Vernon Duris qui force l’empathie, le casting est comme une évidence : on n’imagine plus une autre que Céline Sallette dans la carrure de La Hyène, un autre Xavier que l’excellent Philippe Rebbot, un aussi beau salaud que Laurent Lucas, etc. Certes, la série est moins sombre, moins « coup de poing » que le roman, mais elle ne le dénature pas et rend compte de cette part d’espoir qui existe aussi chez Despentes.

Le pari un peu fou est donc réussi, il y a désormais Vernon Subutex le roman et Vernon Subutex la série. Et comme il reste un dernier tome à adapter, on se plaît à imaginer une saison 2.

 

(1) Virginie Despentes n’a pas collaboré à l’écriture de la série.

 


VERNON SUBUTEX de Cathy Verney & Benjamin Dupas d’après les romans de Virginie Despentes

Avec Romain Duris, Céline Sallette, Laurent Lucas, Philippe Rebbot, Flora Fischbach, Florence Thomassin, Athaya Mokonzi, Juana Acosta…

9 x 30′ sur Canal + à partir du 8 avril 2019 

Bande-annonce :