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Les Oiseaux de passage

Film d’ouverture de la dernière Quinzaine des Réalisateurs, Les Oiseaux de passage parvient à introduire une réflexion ethnologique au sein d’une histoire de gangster ; une subtilité qui lui permet de transcender habilement les limites du genre.

Dans la veine de ses films précédents, Ciro Guerra poursuit, avec Les Oiseaux de passage, son analyse des éléments qui façonnent la culture colombienne. Il s’accompagne pour la première fois d’une coréalisatrice, Cristina Gallego, déjà productrice des Voyages du vent (2009) et de L’Étreinte du serpent (2015) réalisés par Guerra. Entre thriller et western, le duo met en scène une véritable tragédie grecque ; le récit, divisé en cinq chants, annonce dès les premières scènes le sort funeste réservé à ses personnages. Ce subtil mélange des genres met parfaitement en valeur les spécificités du fonctionnement du peuple wayuu, dont les codes – notamment le rapport à l’honneur et à la vengeance – se rapprochent de ceux d’une mafia, du moins dans le cadre du narcotrafic. Au cœur de la violence dépeinte, le scénario apporte un soin particulier à l’évocation des traditions ancestrales, des lois et des croyances vaillamment incarnées par les femmes, piliers de la tribu malgré le machisme ambiant. Porté par de solides prestations d’acteurs, le film bénéficie d’une réalisation et d’une photographie maîtrisées qui subliment les étendues désertiques de la Guajira. On peut en revanche regretter une certaine prévisibilité des situations pour le spectateur familier du genre, qui se retrouvera dans l’attente de savoir qui survivra et qui ne survivra pas, sans toutefois s’ennuyer face à une œuvre aussi habilement pensée. L’incursion d’une réflexion ethnologique dans cette histoire de gangster constitue la force du film et lui insuffle les nuances qui lui permettent de dépasser les limites du genre.

Amélie Leray

Critique disponible – avec celles de toutes les sorties du 10 avril – dans le n°2147 des Fiches du cinéma.
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