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McQueen : dans l’esprit d’un créateur torturé

McQueen retrace la vie et l’œuvre de l’enfant terrible de la mode. Ponctué de vidéos personnelles et d’interviews du designer, de témoignages de sa famille et de ses proches, ce documentaire nous plonge dans l’univers et l’esprit de cet artiste torturé.

Fils d’un chauffeur de taxi et d’une enseignante, Alexander McQueen, né Lee Alexander McQueen, est parti de rien. Le jeune homme, peu intéressé par l’école, montre très tôt un grand intérêt pour les arts et la mode, qu’il étudie avec acharnement. Son talent naturel pour la mode est reconnu par les artisans et par le corps enseignant qui l’ont côtoyé. Issu d’un milieu modeste, il nourrit un esprit revanchard à l’égard d’une presse spécialisée souvent remontée à son égard. Ces critiques le poussent à aller plus loin dans la démesure et la provocation. En 1997, à 27 ans, il est nommé directeur créatif de Givenchy. Il débarque à Paris avec son équipe, et leur folie détonne dans cet univers très puritain et élitiste. Ce décalage s’illustre par l’opposition entre des images du groupe travaillant aux côtés des employés parisiens en blouse blanche et des vidéos plus personnelles, et plus loufoques aussi. Mais plus le designer gagne en notoriété, plus il perd pied, au point de sombrer dans la drogue. La pression est énorme, car il lui faut, entre Givenchy et sa propre marque, élaborer quatorze collections par an. Pour tous ses proches, Alexander McQueen créait de la beauté à partir de l’obscurité. Ses collections, toutes plus dérangeantes et extraordinaires les unes que les autres, le prouvaient. Le film fait d’ailleurs la part belle aux images de défilés, dont l’évolution est fascinante à observer. De son premier défilé, organisé pour conclure ses études, à ceux organisés pour Givenchy, en passant par son dernier, Plato’s Atlantis, considéré comme l’un de ses chefs-d’œuvres, ce sont des éléments incontournables du documentaire. Car ils nous plongent au cœur de l’esprit, torturé et sombre, du designer. Alexander McQueen et sa sœur ont été victimes d’abus de la part du mari de cette dernière : ses défilés lui servaient à exorciser ses démons intérieurs. Interviewé par la presse, le designer écossais fait bonne figure, mais les archives personnelles le montrent sous un autre visage. Cet homme, provocateur en public, dissimulait une sensibilité extrême, comme en témoignent sa famille, son équipe et ses amis. Le film a été réalisé avec la volonté de montrer l’homme derrière la marque. Ses proches témoignent avec pudeur de la déchéance émotionnelle du designer, qui sombre complètement après la mort de son amie Isabella Blow, puis de sa mère. Jusqu’à se suicider le 11 février 2010, la veille de l’enterrement de celle-ci. McQueen se découpe en cinq chapitres, chacun évoquant une période de sa vie. Chaque chapitre, titré, commence avec l’image d’un crâne animé, ce qui structure le récit et instaure une temporalité bienvenue. Ce crâne, qui ne cesse d’évoluer, finit par se superposer au visage d’Alexander McQueen. Et l’on comprend alors que cet objet, présent tout au long du documentaire, représente le designer et l’évolution de son esprit. La bande-son du film, signée Michael Nyman – compositeur notamment de La Leçon de piano -, puissante et émouvante, illustre parfaitement l’artiste et ses tourments. Dans la lignée de Whitney ou d’Amy, McQueen nous fait découvrir le destin hors du commun d’un artiste génial hanté par ses démons et parti bien trop tôt.

Sulamythe Mokounkolo

Critique disponible – avec celles de toutes les sorties du 13 mars – dans le n°2143 des Fiches du cinéma.

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