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Dernier amour (Ô fureur des cœurs mûrs par l’amour ulcérés)

Au XVIIIe siècle, Casanova exilé à Londres rencontre une jeune courtisane, la Charpillon, qui lui lance un défi : s’il la veut, il faut qu’il l’aime autant qu’il la désire. Sur ce canevas tendu, Benoît Jacquot livre une réflexion magistrale et complexe sur la puissance du désir.

Il est manifeste que Casanova, homme épris de culture, ami fidèle et esprit libre “qui a de l’honneur et de la délicatesse”, comme disait de lui le prince de Ligne, est terriblement sympathique à Benoît Jacquot qui déclare avoir toujours aimé revenir au récit autobiographique Histoire de ma vie que rédigea au soir de sa vie ce génial libertin. “Cette sincérité, cette authenticité, cette vérité” du texte a immédiatement et durablement séduit Benoît Jacquot qui en extrait ici un épisode complet. De cette profonde et amicale fascination qu’exerce sur lui ce livre, il tire ce film affûté et complexe dans lequel Vincent Lindon, avec sa virilité puissante et massive, donne corps au libertin. Aussi épais et déterminé que La Charpillon est gracile et fuyante, lui dans la force de son âge, elle encore jeune dans son vice, ils mènent ce pas de deux où jamais leur corps ne se trouvent. Cette Charpillon, qui est à tout le monde, se refuse à lui dont elle sait les conquêtes et, prolongeant le jeu, décide que cet homme qui les a toutes ne l’aura pas elle. Elle veut autre chose. Est-ce d’aller jusqu’à ce point où Casanova comprendrait qu’il s’agit d’amour et non de possession ? S’enivre-t-elle de cette domination inespérée qui veut qu’en se dérobant toujours, elle reste ainsi pur objet de désir ? Ce film grave et profond, vibrant et exigeant fait honneur à ce trouble mais aussi au Grand siècle (fut-il britannique), au talent de conteuse de Chantal Thomas, spécialiste du XVIIIe siècle et de Casanova, ici coscénariste, à la beauté de Stacy Martin dont la grâce ambiguë en fait une parfaite Marianne de Charpillon, et à la force de conviction de Vincent Lindon, qui semble incarner à la perfection ce vers si crépusculaire de Baudelaire : “Ô fureur des cœurs mûrs par l’amour ulcérés”.

Nathalie Zimra.

Critique disponible – avec celles de toutes les sorties du 13 mars – dans le n°2144 des Fiches du cinéma.
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