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C’est ça l’amour

La difficile acceptation par un père ordinaire du départ de sa femme constitue une redéfinition complète de l’identité des membres de cette famille et des rapports qu’ils entretiennent. C’est ce moment délicat que capte merveilleusement Claire Burger, du trio de Party Girl.

Première réalisation en solo de Claire Burger, l’un des trublions du très coté Party Girl, Caméra d’or à Cannes en 2014, avec ses comparses Marie Amachoukeli et Samuel Theis, C’est ça l’amour part là encore d’un matériau réel – la séparation des parents de la cinéaste et ses souvenirs de jeune fille découvrant son homosexualité -, mais le film prend soin de l’étoffer par de la fiction. Ce double niveau permet à Burger de faire coexister les points de vue de ses quatre personnages principaux, faisant de chacun les héros de leur propre vie. Elle soutient ce parti pris par le choix de composer un casting très hétérogène, mixant acteur professionnel (l’irrésistible Bouli Lanners), jeunes inconnus et acteur non professionnel (l’ex-épouse, si juste, est campée par Cécile Remy-Boutang… la directrice de production du film). Au-delà du fait qu’il y a un certain plaisir à voir sur grand écran des “gueules” de vraies gens, quand le cinéma nous habitue bien trop souvent à regarder des acteurs jouer aux personnages, cette approche permet au récit de C’est ça l’amour de gagner en vérité et en profondeur. La maturité des dialogues et l’intelligence des rapports dans ce temps suspendu qu’est l’explosion d’une famille font merveille, dans un assemblage délicat entre hésitation, improvisation et pur jeu d’acteur. De la même façon, le métier du personnage ou même l’environnement qu’il habite sont réels, mais ne font jamais “effet de réel” : ils servent le récit, dessinent le personnage, mais ne sont pas pour autant déterminants dans l’histoire. C’est ainsi d’autant plus un voyage de cinéma, éloigné des standards, auquel nous convie Claire Burger.

Chloé Rolland

Critique disponible – avec celles de toutes les sorties du 27 mars – dans le n°2145 des Fiches du cinéma.
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