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Autour du Cartoon Movie 2019 : questions aux acteurs de l’animation

Rendez-vous incontournable de la production cinématographique, dans le domaine du long métrage d’animation, le Cartoon Movie est une occasion unique pour les auteurs et producteurs d’exposer leurs projets et de rencontrer financeurs et diffuseurs. Cette 21ème édition, qui s’ouvre le 5 mars prochain, pour sa troisième année consécutive à Bordeaux, est aussi un moment privilégié pour soumettre à nos questions certains “acteurs” du secteur et tenter de mesurer, ainsi, l’importance de la manifestation.

Deux questions à… Emmanuelle Latourrette, productrice (Offshore)


Trois Enfances, de Simone Massi (Offshore & Minimum Fax Media)

1 – Que représente de spécifique, pour vous, le “Cartoon Movie”, dans le calendrier des rendez-vous de l’animation ? Pourquoi y venez-vous ou pas ? Avec quel(s) projet(s) ?

Je viens au Cartoon Movie avec un projet en développement, Tre Infanzie (ndlr : Trois Enfances, en français), le premier long métrage de Simone Massi. C’est la première fois que nous présentons le projet publiquement hors commissions sélectives et le Cartoon Movie me semble le lieu qu’il faut pour pouvoir s’adresser à tous les partenaires potentiels du film. Tre Infanzie est une coproduction avec l’Italie, nous cherchons notamment un troisième coproducteur européen. C’est pour nous l’occasion de montrer les premières images, de permettre à Simone de parler de son film qui a une forte part autobiographique. Tre Infanzie parle de la terre de Simone, dans les Marches (ndlr : région située au centre-est de l’Italie, entre la chaîne des Apennins et la mer Adriatique}), de sa famille, sa grand-mère, sa mère, son histoire dans l’Histoire mouvementée de l’Italie du XXème siècle, et la présence de Simone donne une incarnation à son film. Le CNC nous soutient déjà sur ce projet : Avance sur recettes, Aide au développement de la coproduction franco-italienne, Aide au pilote CVS (ndlr : création visuelle ou sonore). C’est le moment pour nous de s’ouvrir à un auditoire plus large, de rencontrer des interlocuteurs passionnés comme nous par Tre Infanzie, et le Cartoon Movie rassemble la profession.

2 – Entre le versant “jeune public” ou familial, majoritairement portée par les blockbusters hollywoodiens, et le corpus documentaire, à consonance “adulte”, de création plutôt européenne et se voulant témoignage sur les pages tragiques de l’histoire de l’humanité, on peut avoir l’impression que l’exploration d’un intime plus existentiel et quotidien (à de rares exceptions près, citons par exemple, pour ces dernières années, Jasmine d’Alain Ughetto, La Tortue rouge, de Michael Dudok de Wit, ou encore Ethel et Ernest, de Roger Mainwood) reste, pour le long métrage, une voie assez délicate à envisager.

En fait, seuls les auteurs asiatiques semblent ne pas avoir à faire face à cette problématique d’inspiration et de production (le financement), leurs narrations, du Tombeau des lucioles (Isao Takahata) à Night is short, Walk on Girl (Masaaki Yuasa), de The King of Pigs (Yeon Sang-ho) à Happiness Road (Hsin Yin Sung), pouvant mêler sans difficulté apparente expression intime, contexte historique, empreinte fantastique et ancrage social.

Auteur, producteur, quel est votre point de vue sur cette question autour d’une veine d’inspiration, l’intime, souvent difficile à porter en animation et pourtant si courante (dans ses réussites, comme dans ses facilités) en prise de vues réelles ?

C’est une question très intéressante, puisque Tre Infanzie essaie justement de tisser l’intime, le quotidien, l’existentiel avec l’Histoire de l’Italie. Si les trois mouvements du film sont portés par des événements majeurs de l’Histoire du XXème siècle, le cœur du film est le vécu de ces trois enfants et de leurs familles à travers eux. C’est aussi une question d’écriture. Le scénario de Tre Infanzie est le fruit de la collaboration de Simone Massi avec une auteure de documentaire, Anne Paschetta. En cours d’écriture, il nous a semblé important de développer cette partie documentaire qui couvait sous le projet. Et la tentation de mettre moins d’intime est arrivée, c’est un équilibre délicat. Mais nous avons tenu à préserver cette partie du film… Par rapport à un tournage en prises de vue réelles, l’animation peut se permettre beaucoup plus de liberté en termes de mise en scène, mais le metteur en scène fait aussi sans la matière vivante de l’acteur. L’émotion de l’intime peut donc dépasser cette barrière.

Deux questions à… Sébastien Onomo, producteur (Special Touch Studios).


Sidi Kaba et la Porte du Retour, de Ronny Hotin (Special Touch Studios)

1 – Que représente de spécifique, pour vous, le “Cartoon Movie”, dans le calendrier des rendez-vous de l’animation ? Pourquoi y venez-vous ou pas ? Avec quel(s) projet(s) ?

Depuis mes premiers pas dans l’animation, avec Funan, à mes projets les plus récents comme Sidi Kaba, le Cartoon Movie a été et reste un événement incontournable dans mon travail de producteur sur mes projets en lien avec l’animation. L’équipe d’organisation a réussi à mettre en place un événement d’une efficacité certaine, et permettant aux producteurs de trouver une visibilité forte pour leurs projets, tout en réunissant un parterre d’investisseurs en tous genres susceptibles d’avoir un impact sur la faisabilité finale. Je ne vois pas d’équivalent en fiction et en documentaire, qui sont des genres dans lesquels je suis également actif. Pour toutes ces raisons, il ne me semble pas envisageable de manquer cet événement, qui m’a concrètement permis à chaque présentation de faire avancer mes projets en animation.

2 – Entre le versant “jeune public” ou familial, majoritairement portée par les blockbusters hollywoodiens, et le corpus documentaire, à consonance “adulte”, de création plutôt européenne et se voulant témoignage sur les pages tragiques de l’histoire de l’humanité, on peut avoir l’impression que l’exploration d’un intime plus existentiel et quotidien (à de rares exceptions près, citons par exemple, pour ces dernières années, Jasmine d’Alain Ughetto, La Tortue rouge, de Michael Dudok de Wit, ou encore Ethel et Ernest, de Roger Mainwood) reste, pour le long métrage, une voie assez délicate à envisager.

En fait, seuls les auteurs asiatiques semblent ne pas avoir à faire face à cette problématique d’inspiration et de production (le financement), leurs narrations, du Tombeau des lucioles (Isao Takahata) à Night is short, Walk on Girl (Masaaki Yuasa), de The King of Pigs (Yeon Sang-ho) à Happiness Road (Hsin Yin Sung), pouvant mêler sans difficulté apparente expression intime, contexte historique, empreinte fantastique et ancrage social.

Auteur, producteur, quel est votre point de vue sur cette question autour d’une veine d’inspiration, l’intime, souvent difficile à porter en animation et pourtant si courante (dans ses réussites, comme dans ses facilités) en prise de vues réelles ?

Je suis assez d’accord sur une distinction selon laquelle on pourrait désigner trois grands courants de cinéma d’animation dans le monde. Le premier, hollywoodien, est effectivement constitué dans sa grande majorité de blockbusters destinés à un public familial. La deuxième veine de ces courants, dite d’animation japonaise, est portée par des réalisateurs qui utilisent cette technique pour raconter toutes sortes d’histoires, au même titre que la prise de vues réelles. Pour eux, l’animation peut aborder toute sorte de récits. Ma seule remarque est qu’ils ont selon moi beaucoup uniformisé leur style graphique. Le troisième courant majeur est un cinéma d’animation dit européen : capable de délivrer de singuliers bijoux, et dans le même temps d’être dans un pâle mimétisme des blockbusters américains. Dans ce cinéma européen, que je suis probablement le plus à même d’évoquer, j’ai le sentiment depuis plusieurs années maintenant que notre capacité à ajouter du fonds (ce que vous appelez peut-être la dimension documentaire) à une diversité de formes est notre principal atout pour se distinguer qualitativement face aux deux autres courants évoqués auparavant. Et si l’ambition éditoriale est difficile à porter, malgré un volontarisme manifeste de la part des auteurs et producteurs pour présenter des œuvres ambitieuses, c’est parce que les investisseurs du tissu économique souhaitant financer de l’animation cinématographique pour un public plus large que le seul public « prépubère » sont encore trop peu nombreux. Cela crée selon moi un cercle où le manque de moyens de certains projets ne permet pas dans beaucoup de cas d’atteindre les objectifs artistiques initiaux. Et à la fin le spectateur européen n’est pas toujours au rendez-vous au moment de la sortie en salle. Cela cumulé au fait que l’animation en Europe est souvent présentée comme à destination d’un public juvénile, ne rend évidemment pas les choses simples. Toutefois, je reste positif et convaincu que les choses évoluent dans le bon sens et que la clé de la réussite reste le fait d’avoir la meilleure proposition artistique et éditoriale possible. Et un distributeur qui croit au film et le fait exister.

Deux questions à… Emmanuel-Alain Raynal, producteur (Miyu Productions)


Saules Aveugles, Femme Endormie, de Pierre Földes (Cinéma Defacto & Miyu Productions)

1 – Que représente de spécifique, pour vous, le “Cartoon Movie”, dans le calendrier des rendez-vous de l’animation ? Pourquoi y venez-vous ou pas ? Avec quel(s) projet(s) ?

Le Cartoon Movie est un événement essentiel pour le milieu du cinéma européen d’animation. Il permet bien évidemment de présenter nos projets à l’ensemble des professionnels et financeurs de l’Union, mais il permet également d’avoir un œil sur le marché.

Nous accompagnerons cette année trois projets :

Saules Aveugles, Femme Endormie, de Pierre Földes, est une adaptation libre de six nouvelles du célèbre écrivain japonais Haruki Murakami. C’est la première fois qu’il cède ses droits pour une adaptation en animation. Le projet est porté par Cinéma Defacto et Miyu, en qualité de coproducteur délégué et producteur exécutif, et se fabriquera dans les trois studios de Miyu, à Paris, Angoulême et Valence. Le film entrera en production en juillet prochain, pour une livraison en juillet 2021. Nous montrerons au Cartoon Movie le nouveau teaser du film que nous venons d’achever.

Journey to The West est une coproduction franco-japonaise, réalisé par le réalisateur indépendant japonais Mirai Mizue. Le film est une adaptation du célèbre roman chinois du 16ème siècle, La Pérégrination vers l’Ouest, de Wu Cheng-En. Le projet est écrit par Patricia Mortagne et Sébastien Tavel, qui ont notamment écrit Les Hirondelles de Kaboul. La direction artistique des décors est signée Hugo de Faucompret et Arnaud Tribout.

Enfin, nous serons les producteurs exécutifs de Linda veut du poulet de Chiara Malta et Sébastien Laudenbach, produit par Marc Irmer de Dolce Vita Films

2 – Entre le versant “jeune public” ou familial, majoritairement portée par les blockbusters hollywoodiens, et le corpus documentaire, à consonance “adulte”, de création plutôt européenne et se voulant témoignage sur les pages tragiques de l’histoire de l’humanité, on peut avoir l’impression que l’exploration d’un intime plus existentiel et quotidien (à de rares exceptions près, citons par exemple, pour ces dernières années, Jasmine d’Alain Ughetto, La Tortue rouge, de Michael Dudok de Wit, ou encore Ethel et Ernest, de Roger Mainwood) reste, pour le long métrage, une voie assez délicate à envisager.

En fait, seuls les auteurs asiatiques semblent ne pas avoir à faire face à cette problématique d’inspiration et de production (le financement), leurs narrations, du Tombeau des lucioles (Isao Takahata) à Night is short, Walk on Girl (Masaaki Yuasa), de The King of Pigs (Yeon Sang-ho) à Happiness Road (Hsin Yin Sung), pouvant mêler sans difficulté apparente expression intime, contexte historique, empreinte fantastique et ancrage social.

Auteur, producteur, quel est votre point de vue sur cette question autour d’une veine d’inspiration, l’intime, souvent difficile à porter en animation et pourtant si courante (dans ses réussites, comme dans ses facilités) en prise de vues réelles ?

Je pense que la réponse est en grande partie liée au financement. En effet, le cinéma d’animation long métrage pour un public adulte reste un cinéma de niche, compliqué à monter car coûteux et mis en doute par beaucoup d’acteurs du marché (chaînes de télévision, distributeurs, exploitants et vendeurs internationaux) quant à sa capacité à trouver un public. Je ne m’étendrai pas sur mon intime conviction que ce public existe, mais qu’il est actuellement bien loin de nos canaux de diffusion actuels. J’ai grand espoir que cette révolution des usages, que nous sommes en train de vivre, et qui repense la diffusion en non-linéaire, va permettre d’aller chercher le public des 15-45 ans.

Cependant en termes d’argent public, la sélectivité importante des commissions d’attribution d’aides entraîne naturellement le soutien de films aux sujets graves. Et en termes de fonds privés, la frilosité des acteurs de la diffusion les poussent peut-être à investir sur cette typologie de films, plus simple à vendre à un public « art et essai » côté cinéma, et « quinquagénaires » côté télévision. Quoi qu’il en soit, le fait que les deux grands succès de l’animation adulte, Valse avec Bachir et Persepolis, soient européens, doit avoir un impact certain. Le jour où nous n’aurons plus besoin de citer systématiquement ces deux films dans toutes les notes de production et d’intention des dossiers de financement, nous aurons fait un grand pas pour le cinéma d’animation adulte !

Deux questions à… Jean-François Tosti, producteur (TAT productions)


Terra Willy, d’Eric Tosti (TAT productions, BAC Films, Logical Pictures, France 3 Cinéma & Master Films)

1 – Que représente de spécifique, pour vous, le “Cartoon Movie”, dans le calendrier des rendez-vous de l’animation ? Pourquoi y venez-vous ou pas ? Avec quel(s) projet(s) ?

Le Cartoon Movie comme le Cartoon Forum (même principe de forum de coproduction, pour les programmes TV) ont été des événements fondamentaux pour nous depuis 2006 et sont totalement incontournables dans notre calendrier. Le concept génial d’inverser le rapport de force entre acheteurs et porteurs de projet nous a en effet permis de nous lancer dans l’industrie de l’animation, lorsque nous développions notre premier projet de spécial TV (Spike / 35 min / 2008). C’est le pitch très apprécié que nous avions fait de ce projet au Forum à Pau, en 2006 donc, qui a convaincu un diffuseur français de se positionner (France 3), et les autres diffuseurs européens ont alors suivi… TAT était vraiment lancé !

Depuis nous avons présenté TOUS nos projets à ces événements, nous concentrant depuis quelques années sur le seul Cartoon Movie, puisque nous avons recentré notre activité sur le long-métrage. C’est au ”Movie” que nous avons trouvé SND (ndlr : la “Société Nouvelle de Distribution” est la filiale distribution du Groupe M6) pour notre premier long, Les As de la Jungle, et par ricochet Bac Films pour notre second, Terra Willy. Nous avons la chance actuellement de ne plus avoir besoin d’un passage au Movie pour trouver un distributeur France ou un vendeur international ; par contre nous voyons le pitch au Movie comme un outil idéal de lancement d’un film (déjà un peu avancé) sur le marché des ventes étrangères.

2 – Entre le versant “jeune public” ou familial, majoritairement portée par les blockbusters hollywoodiens, et le corpus documentaire, à consonance “adulte”, de création plutôt européenne et se voulant témoignage sur les pages tragiques de l’histoire de l’humanité, on peut avoir l’impression que l’exploration d’un intime plus existentiel et quotidien (à de rares exceptions près, citons par exemple, pour ces dernières années, Jasmine d’Alain Ughetto, La Tortue rouge, de Michael Dudok de Wit, ou encore Ethel et Ernest, de Roger Mainwood) reste, pour le long métrage, une voie assez délicate à envisager.

En fait, seuls les auteurs asiatiques semblent ne pas avoir à faire face à cette problématique d’inspiration et de production (le financement), leurs narrations, du Tombeau des lucioles (Isao Takahata) à Night is short, Walk on Girl (Masaaki Yuasa), de The King of Pigs (Yeon Sang-ho) à Happiness Road (Hsin Yin Sung), pouvant mêler sans difficulté apparente expression intime, contexte historique, empreinte fantastique et ancrage social.

Auteur, producteur, quel est votre point de vue sur cette question autour d’une veine d’inspiration, l’intime, souvent difficile à porter en animation et pourtant si courante (dans ses réussites, comme dans ses facilités) en prise de vues réelles ?

TAT s’inscrit plutôt dans la veine d’un cinéma « commercial » à destination du jeune public et de la famille ; nous n’avons donc pas vraiment été confrontés à ces problématiques, même si finalement financer Terra Willy, où un petit garçon se retrouve « seul » pendant pratiquement toute la durée du film (on est donc dans « l’intime »), n’a pas été une mince affaire…

Je pense que ces problématiques trouvent simplement leur source dans la culture de chaque pays : en France, comme en Europe en général, l’animation a toujours été, et reste, vue comme un genre destiné aux enfants et/ou à la famille. En Asie, la culture du manga (loin d’être uniquement destiné aux plus jeunes) joue forcément un rôle important alors qu’en Europe, la BD a plus tardé à sortir de son carcan strictement jeunesse. Je ressens aussi qu’en Europe les auteurs qui abordent l’intime sont souvent portés par une forte démarche graphique, qui nuit peut-être au récit, alors que les auteurs asiatiques sont, je crois, portés par leur sujet avant de le mettre en images (de manière finalement assez « similaire » en terme de technique).

Deux questions à… Alain Ughetto, auteur-réalisateur


Interdit aux chiens et aux Italiens, d’Alain Ughetto (Les Films du Tambour de Soie, Vivement Lundi !, Foliascope, Graffiti Doc & Nadasdy Film)

1 – Que représente de spécifique, pour vous, le “Cartoon Movie”, dans le calendrier des rendez-vous de l’animation ? Pourquoi y venez-vous ou pas ? Avec quel(s) projet(s) ?

C’est la première fois que je vais participer au Cartoon Movie. Après avoir produit Jasmine, Alexandre Cornu (mon producteur) et moi allons venir avec un projet de long métrage animé Interdit aux chiens et aux Italiens, et nous espérons rencontrer des professionnels qui tendront la main vers ce projet déjà financièrement et artistiquement bien avancé. Les télévisions suisse et belge nous suivent, mais nous recherchons une chaîne française, d’où notre venue.

2 – Entre le versant “jeune public” ou familial, majoritairement portée par les blockbusters hollywoodiens, et le corpus documentaire, à consonance “adulte”, de création plutôt européenne et se voulant témoignage sur les pages tragiques de l’histoire de l’humanité, on peut avoir l’impression que l’exploration d’un intime plus existentiel et quotidien (à de rares exceptions près, citons par exemple, pour ces dernières années, Jasmine d’Alain Ughetto, La Tortue rouge, de Michael Dudok de Wit, ou encore Ethel et Ernest, de Roger Mainwood) reste, pour le long métrage, une voie assez délicate à envisager.

En fait, seuls les auteurs asiatiques semblent ne pas avoir à faire face à cette problématique d’inspiration et de production (le financement), leurs narrations, du Tombeau des lucioles (Isao Takahata) à Night is short, Walk on Girl (Masaaki Yuasa), de The King of Pigs (Yeon Sang-ho) à Happiness Road (Hsin Yin Sung), pouvant mêler sans difficulté apparente expression intime, contexte historique, empreinte fantastique et ancrage social.

Auteur, producteur, quel est votre point de vue sur cette question autour d’une veine d’inspiration, l’intime, souvent difficile à porter en animation et pourtant si courante (dans ses réussites, comme dans ses facilités) en prise de vues réelles ?

Quel que soit le support, fiction, animation, documentaire, il est difficile de faire exister un film intime et personnel mais il reste important de le faire. Dans Jasmine, en malaxant la pâte, en la modelant, j’ai massé mon cœur. Dans Interdit aux chiens et aux Italiens, je cherche d’où je viens. Mon grand-père paysan italien travaillait de ses mains, mon père maçon français bricolait tout, il travaillait lui aussi de ses mains, il convenait qu’à mon tour je raconte cette histoire dans le creux de mes doigts. Sur fond de grande « Histoire » entre guerres, migrations et misère, je voudrais raconter cette petite « histoire » drôle et grave à la fois. C’est dans un geste de cinéma, que je voudrais donner une âme à cette magnifique histoire. L’intime, c’est ce qui donne de l’épaisseur, de l’originalité et de la force à une histoire. Cet ancrage, plus il est personnel, plus il a de chance de s’ouvrir à un large public.

Propos recueillis par Francis Gavelle.