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Les Éternels, nouvelle fresque grandiose de Jia Zhang-ke

En protégeant le caïd qu’elle aime, une jeune femme se retrouve emprisonnée. À sa sortie, elle se heurte à un amour sans retour. Plus que jamais en prise avec son temps, Jia Zhang-ke signe une (nouvelle) fresque grandiose où le romanesque a rarement aussi bien épousé le réel.

Trois ans après Au-delà des montagnes, Jia Zhang-ke revient avec un nouveau drame en trois actes. Dans ce film fleuve, une fille de minier s’éprend d’un bandit et s’attache aux valeurs de la pègre. Au prix de sacrifices potentiellement irréversibles. Amour déçu, errance, violence, amertume : en tissant des variations autour du film de gangsters et du mélodrame amoureux, Les Éternels se fait le tableau d’une société chinoise tiraillée entre les idéaux des temps passés et un présent qui n’attend pas. En témoignent des régions (les Trois Gorges) et des villes de provinces (Datong) qui deviennent les pâtes à modeler d’une société chinoise à la libéralisation fulgurante. Des motifs aux figures, en passant par les marqueurs musicaux (ici, YMCA des Village People après le Go West des Pet Shop Boys dans Au-delà des montagnes), le cinéma de Jia Zhang-ke se nourrit brillamment de récurrences mais ne cède jamais à la redite. S’inscrivant davantage dans une continuité permanente, le cinéaste prend à revers les attentes et reconfigure avec poésie ses propositions narratives et esthétiques. Certes, son long-métrage est riche d’ellipses, de ruptures, de stases… mais il relève surtout d’un cinéma chinois dont la trajectoire ne peut se défaire de sa dualité. Confirmant l’indéniable acuité de son réalisateur, Les Éternels célèbre également la puissance d’un personnage féminin, et ce dans ses moindres fractures. Zhao Tao, muse et épouse du cinéaste, y est une nouvelle fois bouleversante. Habitant et guidant chaque plan, l’actrice transfigure une fresque empreinte de tristesse où se mélangent admirablement les genres et les styles. S’il est une étiquette à laquelle le film n’échappe jamais dans ce foisonnement, c’est bien celle d’œuvre flamboyante.

Critique disponible – avec celles de toutes les sorties du 27 février – dans le n°2134 des Fiches du cinéma.

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