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Grâce à Dieu, le cinéma d’Ozon à l’épreuve du film-dossier

Abordant le thème de la pédophilie des prêtres en racontant la création de l’association lyonnaise La Parole libérée, Ozon s’essaie au film-dossier. Le résultat est inégal mais globalement juste et doté d’une approche plus complexe qu’elle en a l’air.


Avec Grâce à Dieu, François Ozon s’essaie pour la première fois au traitement d’un sujet d’actualité : l’affaire (encore non jugée) du Père Preynat. Il le fait d’une façon extrêmement directe (il a d’ailleurs été question que le film soit un documentaire), en conservant les vrais noms de la plupart des personnages ou en utilisant textuellement des extraits de mails et de courriers. On est donc le registre d’un film-dossier, presque “à l’américaine”, où le cinéaste se met au service de son sujet. Néanmoins, ce faisant, Ozon ne s’éloigne pas de son univers, puisqu’il reste sur la thématique fil rouge de sa filmographie : le dérèglement de l’ordre social. Ici encore, le film suit le trajet d’une fissure s’ouvrant à la surface du conformisme bourgeois, en laissant apparaître une zone de refoulé. Intelligemment construit autour d’un passage de relais entre trois personnages, Grâce à Dieu se décline sur trois tonalités et trois axes. De sorte que, même si le film peut parfois sembler didactique, avec un recours à des dialogues explicatifs, il échappe malgré tout à une appréhension simpliste de son sujet. Car, bien qu’ayant une affection qui ne s’est jamais démentie pour les gros effets un peu lourdingues (ici les flash-backs, inutiles et kitsch, ou cette scène où le prêtre pédophiles récite “Laissez venir à moi les petits enfants…” aux élèves du catéchisme), François Ozon est bel et bien un cinéaste de la complexité, qui ne cherche pas à refermer ses sujets sur un jugement moral, mais à les laisser ouverts à la réflexion. En l’occurrence, il ne se contente pas de signer une charge (genre “la pédophilie, je suis contre”), mais interroge les aspects les plus mystérieux de l’affaire : la foi de certaines victimes, le comportement du prêtre, le dénis de l’Église, les mécanismes de la résilience…

Critique disponible – avec celles de toutes les sorties du 20 février – dans le n°2134 des Fiches du cinéma.

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