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Engrenages

Ce polar brille par son réalisme depuis six saisons, au point d’être devenu un classique dont on attend toujours la suite avec impatience. Ce septième opus ne comble hélas pas toutes nos attentes.

 

C’était il y a quatorze ans, déjà. Commençait alors le nouvel âge d’or des séries américaines et en France, démarrait la pionnière des créations originales Canal +, Engrenages (Saison1, 2005). L’idée des créateurs, Alexandra Clert (une ancienne avocate) et Guy-Patrick Sainderichin, c’est un polar qui montrerait tous les rouages police / justice, dans leur réalité et leur actualité. Ainsi, au fil des saisons, la série aborde les problèmes et les réformes du système judiciaire, les rapports de pouvoir, l’influence politique, la corruption policière… Cet ancrage dans le réel est une des raisons du succès immédiat d’Engrenages.

 

Les enquêtes, une par saison, sont également inspirées de vraies affaires, certaines saisons bénéficiant du conseil d’Eric de Barahir, commissaire de police en exercice. Et ça fait froid dans le dos : cadavre brûlé ou mutilé, tueur en série, violence sexuelle, prostitution, trafic de drogue, grand banditisme, terrorisme, les histoires d’Engrenages sont noires, de plus en plus noires. A l’image, la réalisation transcrit parfaitement ce côté glauque, pluvieux, hostile.

 

Dans ce décor, évoluent des personnages récurrents, flics, avocats, juges, qui tissent tout un canevas d’intrigues secondaires. Aucune « vedette » au casting, mais des actrices et des acteurs excellent.e.s, c’est aussi le pari réussi de la série. Car de saison en saison, on s’est attaché au Capitaine Laure Berthaud (Caroline Proust), aux Lieutenants Gilou (Thierry Godard) et Tintin (Fred Bianconi), à l’avocate Joséphine Karlsson (Audrey Fleurot) et au juge Roban (Philippe Duclos). Des caractères complexes, qui ne cessent d’évoluer, de dévoiler leurs travers comme leur force, de montrer leurs faux pas comme leurs avancées.

 

(c) Caroline Dubois / Son et Lumière / Canal +

 

La saison 6 (2017) les avait laissés divisés et en fâcheuse posture, c’est dire si on était content de les retrouver pour cette saison 7, placée sous le signe du changement avec le départ de la showrunneuse Anne Landois (saisons 3 à 6), remplacée par Marine Francou (Un Village français). On ne vous révélera pas ici le point de départ de l’enquête principale, mais on peut dire qu’il s’agit d’une affaire de blanchiment d’argent assez compliquée, qui peine à se mettre en place et malheureusement, nous perd un peu en chemin. D’habitude, on suivait avec jubilation les filatures, les interventions, les recherches et les déductions de notre équipe de flics, mais voilà que tout ça paraît bien mécanique et peu singulier.

 

Heureusement, une nouvelle recrue, l’enquêteur Ali Amrani (Tewfik Jallab), vient apporter du sang neuf. Il est plutôt mieux traité que nos héros habituels, certes toujours aussi bien incarnés, mais dont les situations comme les dialogues sont bien frustrants. En effet, la relation entre Laure et Gilou paraît désormais cousue de fil blanc, le séjour de Joséphine en prison manque de vraisemblance, les intéressantes affaires du juge Roban se terminent en queue de poisson…
Fait nouveau, l’action se déroule en plein Paris, mais la réalisation tourne un peu trop à la visite touristique et finit par agacer à force de passer son temps à se regarder dans des miroirs d’eau.

 

Si l’ensemble garde un côté attrayant, c’est peut-être davantage en souvenir du passé, cette saison ressemblant fort à une transition qui demande confirmation. On espère donc qu’Engrenages remettra de l’huile dans ses rouages la saison prochaine. Pour finir en beauté ?


ENGRENAGES d’Alexandra Clert & Guy-Patrick Sainderichin

Avec Caroline Proust, Audrey Fleurot, Thierry Godard,Fred Bianconi, Philippe Duclos, Nicolas Briançon, Tewfik Jallab, Arnaud Beckriche, Louis-Do de Lencquesaing…
Saison 7, 12 x 52’sur Canal + à partir du 4 février 2019
Bande-annonce :