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Green Book

L’attelage tendu, puis l’amitié naissante, entre un pianiste afro-américain et un chauffeur raciste dans le Sud ségrégationniste de 1962. Pour son premier film en solo, Peter Farrelly rompt avec la comédie transgressive et signe un récit classique d’une grande finesse.

Qui aurait cru, après Dumb and Dumber et Mary à tout prix notamment, puis une période moins heureuse, tant sur le plan artistique que commercial, mais toujours dans le registre de la comédie burlesque et transgressive, que Peter Farrelly nous reviendrait en solo, sans le frère avec qui il avait jusque là signé toutes les entrées de sa filmographie, qui plus est pour fouler le tapis du Festival de Toronto et y glaner le Prix du public ? Le canevas de Green Book, inspiré d’une de ces histoires vraies qu’affectionne Hollywood, est pour le moins classique. 1962 : Tony Lip, videur italo-américain et raciste, est engagé pour conduire Don Shirley, pianiste afro-américain de renommée mondiale, lors d’une tournée de concerts dans le Sud du pays, où s’appliquent encore les lois de ségrégation raciale – le livre du titre est ainsi l’ouvrage qui, alors, recensait les établissements où les personnes de couleur étaient acceptées. En vertu de quoi échappe-t-on, ici, à la plate reconstitution et au message lénifiant tant redoutés ? Grâce à un récit tout en ligne claire, celle d’un road-movie en l’occurrence, et qui pour autant sait prendre des chemins de traverse ; à un propos certes didactique, mais jamais scolaire ; et à une façon plus fine qu’il n’y paraît d’envisager la défiance mutuelle, puis l’amitié naissante, entre deux hommes qu’a priori tout oppose, et qui, d’une part, témoigne de la ségrégation qui, alors, avait cours aux États-Unis, et d’autre part, l’assortit de considérations sociales (riche, renommé, Don est stigmatisé par les lois de l’Amérique blanche, mais aussi rejeté par les Afro-Américains dont il n’épouse pas la condition, misérable le plus souvent). Grâce, enfin, à deux acteurs en état de grâce, Viggo Mortensen et Mahershala Ali, oscarisé en 2017 pour son rôle dans Moonlight.
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Critique disponible – avec celles de toutes les sorties du 16 janvier – dans le n°2136 des Fiches du cinéma.

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