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Doubles vies

Un éditeur, un romancier, une comédienne et une attachée parlementaire sont pris dans la confusion des sentiments et du changement de civilisation… Une comédie amère, légère et théorique, photographiant l’époque dans un moment de transformation significatif.

Olivier Assayas assume ici, complètement et avec une décontraction charmante, le cliché du film français bourgeois, bavard et n’évoluant qu’entre la chambre et le salon. Mais, s’il prend, en surface, la forme d’un marivaudage tissé dans les petites histoires de tromperies et des querelles de couple, Doubles vies est avant tout, et presque exclusivement, un film théorique, dont le héros et le sujet sont l’un et l’autre l’époque. Réussissant le tour de force de développer son scénario comme un immense continuum de discussions, mondaines ou intimes, tout en parvenant à développer une véritable dramaturgie, le film balaie un vaste éventail de sujets contemporains (de la dématérialisation du livre à la perte de crédibilité du personnel politique, de l’amincissement de la frontière entre les sphères publique et privée à la mode des séries télé) et montre le paysage, mental et social, que l’ensemble produit. Sans prétendre apporter des réponses ou une vision éclairée, Assayas consigne des faits et des questions, qu’il rassemble pour tirer le portrait d’une société prise dans un étonnant moment de mutation. Ce qu’il capte alors, c’est l’état de confusion qui règne aujourd’hui. En effet, tous les personnages sont ici bousculés dans leur vie professionnelle, par l’irruption d’une modernité prenant la forme d’un train, dans lequel on peut monter ou pas, mais que l’on ne peut ni freiner, ni domestiquer. Décoiffé par sa vitesse, chacun se retrouve dans un état de stupeur un peu hébétée, qui relativise les petits problèmes identitaires et amoureux des uns et des autres, lesquels sont alors traités avec une économie d’hystérie inattendue et séduisante. D’abord un peu poussif, le film se révèle une façon à la fois légère et assez passionnante de se demander ensemble ce qui nous arrive.

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Critique disponible – avec celles de toutes les sorties du 16 janvier – dans le n°2135 des Fiches du cinéma.

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