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Les sorties du 5 décembre 2018

Le film de la semaine

 

Leto de Kirill Serebrennikov

À parti d’un triangle (amoureux) de figures de la scène rock pré-perestroïka, Kirill Serebrennikov célèbre la jeunesse, le pouvoir de la pop et, à leur intersection, une parenthèse enchantée. Ce n’est pas rien, pour un film paré, par ailleurs, d’une telle mélancolie.

Leto pourrait sembler, parfois, flirter avec l’insignifiance, pour qui s’étonnerait de sa facture intimiste : ce serait se méprendre sur les intentions de Serebrennikov (cinéaste assigné à résidence et dont d’aucuns, sans doute, attendaient une charge plus frontale, en l’espèce une analogie entre l’autoritarisme actuel du pouvoir russe et les années glasnost) et le projet du film, dont l’arrière-plan historique, sans être éludé (il y est bel et bien question d’une jeunesse en butte avec le régime soviétique pré-perestroïka, fascinée par le mode de vie et le post-punk occidentaux), n’empiète jamais sur un triangle amoureux où prévaut la bienveillance. Leto est avant tout, au sens premier du terme, un film rock, dont il reprend les codes, compulse les fétiches et emprunte l’iconographie (savoureux intermèdes musicaux, qui mettent à l’honneur des standards de Talking Heads, Lou Reed ou encore Iggy Pop). S’il célèbre la jeunesse – qu’elle soit soviétique ou d’ailleurs, on le devine -, le film n’en distille pas moins une mélancolie d’autant plus tenace qu’elle affleure progressivement, et, d’un va-et-vient constant entre énergie créatrice, pesanteurs sociétales et chronique amoureuse, feinte l’écueil du biopic (deux des trois personnages au cœur du récit, Viktor Tsoï et Mike Naumenko, figures de la scène indie-rock de Leningrad, rencontrèrent brièvement le succès avant de disparaître prématurément, l’un en 1990, l’autre en 1991). C’est bien la fin d’une innocence, dont il aura d’abord pris soin de dire la possibilité, que dépeint Serebrennikov, la promesse (trompeuse) de (brefs) lendemains meilleurs. Il n’y avait, pour les héros de Leto, sans doute guère plus à espérer, et pourtant rien de mieux à vivre : ils n’auront renoncé à rien, l’Histoire l’aura fait pour eux.
T.F.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Italique =

Assassination Nation **
Suite au partage de photos compromettantes, une ville sombre dans le chaos. Dopé aux effets de mise en scène, ce thriller horrifique et outrancier remplit son contrat : dénoncer l’hypocrisie de l’Amérique contemporaine. Une bombe féministe sexy et sanglante.
M.Q.

Astérix : Le Secret de la potion magique ***
Après une chute humiliante, Panoramix sent le temps venu de se trouver un successeur. S’autorisant à inventer, avec à la fois respect et liberté, une aventure inédite d’Astérix et Obélix, Alexandre Astier signe un divertissement carré et bon esprit.
N.M.

Back to School °
Refusant d’avouer à sa fiancée qu’il n’a jamais fini le lycée, Teddy Walker, la trentaine, se voit forcé de suivre des cours du soir afin d’obtenir son diplôme de fin de secondaire. Une comédie potache à l’humour graveleux et aux allures de mauvaise sitcom.
J.L.

Cassandro the Exotico ! ***
Le nouveau film de Marie Losier, documentariste rompue à la mise en lumière de l’extravagance, brosse le portrait sans contrechamp d’une star du catch mexicain. Ou comment mettre en scène le corps d’un athlète vieillissant occupé à sa propre mise en scène. Insolite.
R.H.

Les Confins du monde ***
Récit absolu de vengeance autant que voyage dans les tréfonds d’une âme perdue, le quatorzième film de Guillaume Nicloux est un objet exigeant et cauchemardesque, qui examine la Guerre d’Indochine et ses exactions au prisme de l’intime.
Mi.G.

L’Exorcisme de Hannah Grace °
Megan, qui travaille de nuit dans une morgue, se voit confier le cadavre de Hannah Grace, morte lors d’une tentative d’exorcisme. Bien vite, des événements étranges se déclenchent… Inconsistant, plat, stéréotypé, ce film anodin échoue à faire frissonner.
G.R.

Ma mère est folle **
Vianney, qui fait ses premiers pas d’acteur, livre une performance assez fade dans cette comédie sympathique de Diane Kurys portée par Fanny Ardant. Le scénario n’évite pas certains clichés mais ne se prend heureusement pas trop au sérieux.
M.Q.

Marche ou crève **
Elisa doit s’occuper avec son père de sa sœur lourdement handicapée, mais ses envies d’ailleurs la rattrapent. Une chronique estivale pleine de bonté malgré son titre martial, à la simplicité bienvenue, mais qui ne teste jamais les limites de sa propre bienveillance.
C.D.

Monsieur *
Jean d’Ormesson se livre à la caméra de Laurent Delahousse, avec son charme et son ironie coutumiers. On ne s’ennuie pas mais on n’apprend pas grand-chose, le réalisateur s’intéressant trop à l’anecdote, aux jolies images, et pas assez à la littérature.
G.R.

Paddy, la petite souris ***
Duo d’enquêteurs aussi improbable qu’attachant : un vieux crapaud et une jeune souris aident les anomaux de la forêt à dépasser leurs peurs. À l’élégance de l’animation (qui évoque Miyazaki) se mêle l’intelligence du propos (message de tolérance) : une réussite.
C.L.

Pig *
Un serial killer décime le milieu cinématographique iranien… sauf un réalisateur mis à l’index. Mani Haghighi signe un conte cruellement (mais pas franchement) drôle qui troque bien vite sa subversion contre un cynisme narquois bon teint.
C.D.

Pupille ***
Ce deuxième long métrage de Jeanne Herry, après le remarqué @Elle l’adore, raconte la chaîne menant d’un accouchement sous X à l’adoption du bébé. Cette plongée au cœur des services sociaux est résolument lumineuse et très émouvante.
Ch.R.

Le Sous-bois des insensés °
Dans un interminable face-à-face, ce documentaire recueille la parole de Jean Oury, haute figure de la psychothérapie institutionnelle et disciple de Lacan. Faute d’une contextualisation, cette œuvre perd tout ceux qui ne sont pas familiers du sujet.
N.Z.

What You Gonna Do When the World’s on Fire ? ***
Roberto Minervini s’immisce dans le quotidien d’Afro-Américains à la Nouvelle-Orléans. Refusant toute démagogie, le documentariste donne la parole aux déshérités de la société américaine, qui prolonge une ségrégation – géographique notamment – pernicieuse.
V.V.