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Les sorties du 26 décembre 2018

Le film de la semaine

 

Monsieur de Rohena Gera

Veuve, Ratna est la servante d’Ashwin, fils d’une riche famille de Bombay. Trompé par sa fiancée, celui-ci déprime. Ratna va lui redonner goût à la vie. Il va l’aider à s’assumer. Sur fond de société clivée, un film engagé, nappé d’un romantisme onctueux.

Pour son premier long métrage, Rohena Gera, artiste engagée contre le communautarisme, préfère la pudeur et la nuance au pamphlet facile pour stigmatiser une société opposant les castes entre elles, les hommes aux femmes, les citadins aux paysans, les veuves aux mariées… avec la complicité des victimes elles-mêmes, soumises à l’autorité mortifère des traditions. Il appert un récit à la Janus où la douceur achevée de la forme (jusque dans les lumières) le dispute à l’acuité douce-amère du regard, le tout à l’aune d’une écriture admirablement maîtrisée. Ainsi, au côté féminin d’Ashwin, qui lui fait comprendre Ratna jusqu’à l’aimer, s’oppose le côté masculin de Ratna, dans lequel elle puise sa force de combattre et de rester digne. Les hauteurs de Bombay offrent au père d’Ashwin la vision d’une fortune à faire, à son fils celle d’un vide existentiel et à Ratna celle d’un espace pour rêver. Et que dire de la fête où personne ne la voit, sauf Ashwin, qu’elle-même évite de regarder ? Ou du travelling latéral récurrent qui chapitre cette histoire d’amour impossible en nous montrant Ratna et Ashwin adossés au même mur, lui dans son séjour, elle dans son coin attitré ? Une subtilité narrative qui s’épanouit au fil de sous-intrigues tenues de bout en bout sur un rythme tranquille jalonné de touches d’humour libératrices. Jusqu’au finale, tout aussi ambigu, avec son appel téléphonique ouvrant sur… un cut au noir, lui-même offert à toutes les espérances ! Du grand art, qui nous rappelle que l’Inde est potentiellement inventrice du jeu d’échecs, où les forces de l’ombre et de la lumière s’affrontent, et qu’ici comme ailleurs, le combat n’est pas terminé.
G.To.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Italique =

Au bout des doigts
Chronique à venir

Bumblebee **
Personnage de la franchise Transformers, Bumblebee tente une incursion du côté du film familial, sur fond d’amitié et de deuil. Bien qu’assez convenu et manichéen, un film rythmé, dopé aux 80’s et jamais déplaisant. À conseiller surtout aux grands enfants.
R.T.

Good ***
Portrait fragmentaire et allusif du guitariste Rodolphe Burger, le film de Patrick-Mario Bernard préfère, à un récit linéaire et à un commentaire hagiographique, un patchwork d’impressions, de bribes musicales et de rencontres qu’il articule en un montage inspiré.
T.F.

L’Homme fidèle ***
Après son beau premier film, Louis Garrel ne se laisse toujours pas écraser par son indubitable héritage cinématographique, ni par l’étiquette Jean-Pierre Léaud junior qui lui colle au jeu. Il s’affirme, avec habileté et légèreté, en tant que metteur en scène.
A.J.

Mia et le lion blanc *
Le scénario est vieillot, l’interprétation maladroite et la mise en scène pique parfois les yeux. Mais gageons que les jeunes spectateurs y trouveront leur compte, conquis par la complicité que le réalisateur a su créer au fil des années entre sa jeune actrice et le lion Thor.
M.Q.

Miraï ***
Fils unique choyé par ses parents, Kun voit débarquer sa nouvelle petite sœur : Miraï. Mais, accaparés par celle-ci, ses parents semblent le délaisser. Entre jalousie mortifère et fraternité, Kun va réinventer sa place. Un film en tout point lumineux.
G.To.

Seconde chance
xx

Troppa grazia **
En quête de stabilité professionnelle et personnelle, une géomètre désabusée fait la rencontre de La Madone, déterminée à empêcher l’érection d’un complexe immobilier. Un étonnant portrait de la foi intime, porté par une actrice en état de grâce.
S.H.

Unfriended : Dark Web *
Le film souffre de la comparaison avec son prédécesseur : le concept n’étant plus nouveau, il aurait fallu miser sur un scénario plus captivant, une histoire plus forte. Le résultat final, dénué d’intérêt, ne provoque qu’un ennui abyssal.
A.L.

Un violent désir de bonheur ***
L’irruption de troupes révolutionnaires déclenche chez un jeune moine une métamorphose spirituelle. Nonobstant quelques afféteries, ce film d’un jeune cinéaste impressionne par sa rigueur stylistique et la cohérence de son propos.
J.C.

La Vie comme elle vient **
Cette chronique sociale brésilienne à la facture ultra classique vaut plus pour son tout – une vue en coupe sur une famille comme tribu insubmersible et pas si aliénée – que pour la juxtaposition de ses parties, tantôt laborieuses, tantôt pertinentes.
C.D.