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Les sorties du 19 décembre 2018

Le film de la semaine

 

Wildlife de Paul Dano

En 1960, un jeune adolescent assiste au lent et douloureux délitement du couple de ses parents. Inspiré du roman de Richard Ford, un premier long métrage d’une subtile maîtrise : derrière l’élégance de façade, une œuvre tendre et tourmentée.

Pour son passage derrière la caméra, l’acteur Paul Dano, 34 ans (dont 18 de carrière), remarqué dans Little Miss Sunshine, There Will Be Blood ou plus récemment Love & Mercy, s’empare d’un roman de Richard Ford, paru il y a bientôt trente ans : le récit, à l’aube des sixties, de l’effondrement d’un couple sous les yeux de leur fils adolescent. D’emblée, Dano s’ancre dans un cinéma dit “de prestige”, avec un duo d’acteurs glamour et une photo classieuse. Comme pour tordre le cou aux attentes, ou simplement mieux surprendre le spectateur, il ne semble pourtant jamais céder à l’élégance par simple afféterie. Dans la façon dont Dano aborde le drame sentimental, le cinéaste renoue avec certains motifs des Noces rebelles de Sam Mendes (2008, adapté d’un roman de Richard Yates). Mais Dano et sa compagne et coscénariste Zoe Kazan se tiennent à distance du mélodrame, et gardent en tête que le récit est dicté par la vision du monde de Joe, 14 ans en 1960. Une vision – ancrée dans son époque – adolescente, idéalisée et épidermique, des relations amoureuses, des codes de séduction, du monde des adultes… Une vision évidemment parcellaire et biaisée. Incarné par Ed Oxenbould (l’un des jeunes héros de The Visit de M. Night Shyamalan), Joe se fait témoin des émotions de sa mère, interprète approximatif, et se fourvoie. Jeanette tente- t-elle de séduire un homme plus âgé pour refaire sa vie, ou est-elle l’objet d’affections inopportunes ? Dano montre que l’essentiel réside dans les non-dits, les silences, les regards entre les deux époux, magnifiquement interprétés par Carey Mulligan (épouse modèle rongée par les regrets) et Jake Gyllenhaal (dont le départ laisse un vide encombrant). Il le fait avec une bienveillance constante, qui se prolonge jusque dans une conclusion en forme d’aboutissement.
Mi.G.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Aquaman
Chronique à venir

Basquiat **
Ce documentaire, classique dans sa forme, mêle de rares images d’archives et les témoignages des proches de Basquiat pour dessiner le paysage du Downtown new-yorkais de la fin des années 1970. Un éclairage sur le destin du jeune prodige, décédé à l’âge de 27 ans.
M.Q.

The Bookshop ***
Hardborough, Angleterre, 1959. Pour ouvrir sa librairie, Florence Green rachète une bâtisse désaffectée. Une notable locale, Violet Gamart, qui voulait en faire un centre d’art, va tout mettre en œuvre pour la faire expulser. Un hymne salutaire à la littérature.
G.To.

L’Empereur de Paris ***
François Vidocq, bagnard évadé devenu policier, a fait jadis les beaux jours de la télévision. Le revoici sur grand écran, dirigé par Jean-François Richet, incarné par son acteur fétiche Vincent Cassel. Pour un film épique et ample, ambitieux et imparfait.
E.B.

Grass *
Dans un café, une jeune femme écoute les conversations des couples qui l’entourent. Existent-ils réellement ou bien ne sont-ils que le fruit de son imagination créatrice ? Cet élégant chassé-croisé de solitudes, d’abord séduisant, demeure trop théorique.
J.L.

The Happy Prince ***
Refusant les règles du biopic, Rupert Everett narre les dernières années d’Oscar Wilde, icône littéraire alors déchue. Non sans certains excès, ce récit mélancolique et lyrique séduit avant tout par le talent et la verve de son acteur-réalisateur.
S.H.

Maya **
Un ex-otage part s’isoler en Inde et rencontre une jeune femme. Alourdi par des penchants psychologisants, refusant la scène sous prétexte de portraitiser la fuite, le nouveau film de Mia Hansen-Løve trouvera un souffle salvateur à partir du moment où il s’abandonnera au mélodrame.
C.Lê

Mon père ***
Au Pérou, Segundo, un jeune adolescent, admire son père, fabricant de retables respecté qui lui apprend les ficelles du métier. Une révélation va soudain bouleverser le garçon… Un premier film remarquable, finement écrit et interprété, tragique et tendre à la fois.
G.R.

L’Œil du tigre **
Laurence vit avec son mari agriculteur et leurs deux fils au cœur de la Mayenne et rêve de devenir championne de Viet Vo Dao, un art martial vietnamien. Pas facile quand on est aveugle depuis dix ans. Le portrait sensible et touchant d’une battante exigeante.
M.T.

Le Retour de Mary Poppins **
Mary Poppins revient aider les enfants Banks, désormais adultes, à mettre un peu d’ordre dans leur vie. Entièrement inféodée au grand classique original, ce Retour… en grande pompe souffre d’une mise en scène d’une extrême platitude. Heureusement, les acteurs séduisent.
Mi.G.