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Les sorties du 12 décembre 2018

Le film de la semaine

 

Une affaire de famille de Hirokazu Kore-eda

Une famille joyeusement hors norme recueille une fillette livrée à elle-même. Lauréat de la Palme d’or, le nouveau film de Kore-eda, d’une bienveillance jamais prise en défaut, consacre son sens du cadre, son attention aux détails et son art de la miniature.

La Palme d’or de cette année,c’est la vie d’unefamille quelque peu hors des temps et des normes sociaux, qui fonctionne selon ses propres valeurs, en grande partie celle de l’accueil, où tout le monde est assuré de manger à sa faim et de se réconforter à la chaleur des échanges humains. On voit ainsi dès le début le père, Osamu, et son fils recueillir dans la rue une petite fille qui semble livrée à elle-même. Et voilà bientôt la fillette adoptée par cette famille joyeuse, comme en suspens, où la singularité de chacun est acceptée, respectée. Le père travaille sur les chantiers mais vole à l’étalage de la nourriture ou des objets à revendre pour pouvoir survivre, la mère travaille à l’usine, la fille aînée gagne sa vie dans un peep-show… Kore-eda regarde cette famille hors norme, avec empathie, comme une famille normale et heureuse. Il la filme subtilement grâce à des cadrages finement équilibrés qui incluent chacun dans la dynamique du groupe. Le cinéaste sait ainsi à merveille traduire formellement l’essentiel d’Une affaire de famille. Et il est clair que l’essentiel, c’est le cadre, c’est-à-dire à la fois le cadre familial et le cadrage des plans. Dans un même plan, Kore-eda sait donner autant d’importance à tous les membres de cette famille décalée, même quand chacun est fort occupé par ce qu’il est en train de faire : jouer pour les enfants, discuter pour les adultes… Si Kore-eda nous donne le fin mot de l’histoire de cette famille, non exempte de défauts on l’apprendra, son film le fait comme une miniature, où chaque élément compte délicatement et de façon définitive. Son art des détails qui coexistent et s’additionnent pour former un tout sans se contrarier place le spectateur dans une sorte d’apesanteur, qui lui permet de pénétrer dans la vie de cette famille sans avoir peur de la déranger.
P.F.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Italique =

Hunter Killer °
Coulé avant même d’être touché, Hunter Killer fait partie de ces films industriels burinés qui, au même titre que les sous-marins qu’il met en scène, est conçu pour être exploité puis remplacé une fois détruit. Au suivant.
C.Lê.

Mortal Engines ***
Les amateurs de grand spectacle et les adolescents férus d’heroic fantasy se rueront sur ce film d’aventures très rythmé qui raconte, dans un univers grandiose, le combat de deux jeunes gens contre le tout puissant maître d’un Londres monté sur chenilles.
M.Q.

Nous les coyotes **
Fraîchement arrivés à L.A., Amanda et Jake voient leur désir d’émancipation être mis à mal. Cet héritier ostensible de l’esthétique du cinéma indépendant américain délaisse sa dimension critique au profit d’un propos un peu trop édulcoré pour captiver.
V.V.

Oscar et le monde des chats **
L’odyssée dynamique mais confuse d’Oscar, chaton intrépide, à la recherche d’une ville utopique pour les chats. Cette animation chinoise qui revendique la “qualité Pixar” se pose en alternative au géant américain. Las, elle n’en a ni l’originalié, ni la magie.
I.B.

Pachamama **
Tepulpaï et Naraï, deux petits indiens andins, partent pour récupérer la Huaca, totem protecteur du villlage volé par les Incas. À Cuzco, ils tombent sur les premiers conquistadores. Un conte initiatique rendant un bel et juste hommage à une civilisation disparue.
G.To.

Rémi sans famille
Chronique à venir

Rêver sous le capitalisme ***
À travers le témoignage de douze personnes confiant leurs rêves nés de leurs conditions de travail, Sophie Bruneau laisse apparaître le portrait d’un système capitalise mortifère. Un travail d’anthropologue implacable et édifiant, magnifié par l’intelligence des images.
G.To.

Spider-Man : New Generation ***
Un adolescent new-yorkais se découvre les mêmes capacités que Spider-Man… alors que le super-héros protège la ville ! Avec son intrigue haletante et son graphisme original, cette évocation animée de l’homme araignée se hisse au niveau des meilleurs Sam Raimi.
Mi.G.

Utøya, 22 juillet *
Erik Poppe signe un film bicéphale, où une tête poignante et digne répond à une autre, monstrueuse et abjecte. Dommage que cette dernière empoche la mise, brisant les réussites inaugurales, transmuant ce film mémoriel en une forfanterie maligne.
C.D.