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Les sorties du 28 novembre 2018

Le film de la semaine

 

Les Veuves de Steve McQueen ***

Les veuves d’une bande de malfrats se voient contraintes de préparer elles-mêmes un braquage. Le nouveau Steve McQueen (12 Years a Slave) le voit remanier en profondeur, et avec bonheur, son cinéma : finis, les pensums doloristes, et place au thriller virtuose.

Changement de registre pour Steve McQueen, et adoption, pour l’occasion, d’une forme ad hoc : les pensums doloristes ont fait place à un thriller à twist, adapté d’une série britannique et co-scénarisé par Gillian Flynn (auteure notamment des Apparences, et co-auteure de Gone Girl, son adaptation par David Fincher), et l’auteur de 12 Years a Slave s’y fond avec une aisance déconcertante. Dès l’ouverture, montage alterné entre un braquage manqué et des scènes de bonheur familial, où une course d’enfants dans les allées d’un supermarché prolonge le mouvement d’un van tâchant de distancer la police, McQueen déploie des trésors de mise en scène, sans jamais dévaluer le fond de l’affaire, en l’espèce la concurrence des népotismes institutionnalisés (dynasties WASP se refilant, de père en fils, les mandats électoraux) et de formes plus frontales de violence (gangs avides de prendre leur part du butin). En déplaçant son propre rapport aux sujets (racisme, violences policières, corruption généralisée), en les abordant de biais, McQueen ne les traite pas moins ; c’est que le récit se déploie dans un biotope précisément détouré, celui d’une circonscription de Chicago où se côtoient, dans un périmètre restreint, bourgeoisie et classes populaires (ce que montre le film en un beau plan-séquence dans lequel un candidat rallie, en voiture, son QG de campagne après un speech dans un quartier pauvre), et où la politique découle de l’intrigue policière davantage qu’elle ne la contraint. Un film qui, sans innocents, ne condamne néanmoins a priori personne (ne serait une figure du mal absolu en la personne de Daniel Kaluuya), et refait de Michelle Rodriguez, disparue des radars indés depuis Girlfight (2000), une actrice à suivre : voilà qui change un peu.
T.F.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

A Bread Factory Part 1 ***
À travers cette chronique qui flirte avec l’essai cinématographique et le documentaire, Patrick Wang rend un bel hommage aux artistes amateurs. Déroutant parfois dans ses partis pris scénaristiques, A Bread Factory Part 1 est aussi baigné de tendresse et de folie douce.
M.Q.

Casse-Noisette et les quatre royaumes *
Lasse Hallström et Joe Johnston proposent ici une mouture CGI du célèbre conte allemand qui peine à s’incarner autrement que par l’entremise du ballet : l’héritage de Tchaïkovsky y a dévoré le potentiel du numérique.
C.Lê.

Les Contes merveilleux par Ray Harryhausen
Chronique à venir

Derniers jours à Shibati ***
Dans l’immense ville chinoise de Chongqing (34 millions d’habitants sur 82 000 km²), Shibati, le dernier des vieux quartiers, est sur le point d’être détruit et ses habitants relogés. D’une caméra sensible et tendre, Hendrick Dusollier en porte témoignage.
N.Z.

Diamantino ***
En prenant pour ancrage de leur satire transgenre le simulacre d’une star de football sur la pente descendante, Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt sont parvenus à cristaliser toutes les absurdités, vomitives comme réjouissantes, du zeitgeist environnant.
C.Lê.

Le Grinch **
Ne supportant pas la joie des habitants de Chouville en plein préparatifs de Noël, le Grinch décide de leur gâcher la fête. Cette version 2018 dépoussière avec efficacité le célèbre conte du Dr. Seuss par l’animation, mais perd un peu de son mordant.
A.Jo.

Gutland ***
Malfrat allemand débraillé, Jens se fait embaucher pour les moissons dans un village luxembourgeois d’apparence hospitalière afin d’échapper aux gendarmes et à ses acolytes semés après leur braquage. Un premier film maîtrisé, dense et troublant, réussi.
M.T.

Les Héritières *
Chela, bourgeoise désargentée paraguayenne, se retrouve à devoir faire le taxi pour gagner quelques sous, tandis que sa compagne Chiquita est emprisonnée pour fraude. Morne, répétitif, le film souffre de ne rien vraiment développer et de faire du surplace.
G.R.

Lola et ses frères **
Lola protège ses deux frères mais doit aussi penser à son propre bonheur. Cependent, les petits tracas de la vie ne sont ici que passagers… Cette énième chronique d’une fratrie aligne des situations convenues, mais incarnées avec un sens du détail cocasse.
M.B.

La Permission ***
Capitaine de l’équipe féminine de futsal iranienne sélectionnée en finale de la Coupe des nations, Afrooz apprend que son mari lui interdit de sortir du pays. Son combat illustre la condition féminine en Iran dont le film, percutant, rend compte avec justesse.
M.T.

Robin des Bois °
Il n’y a rien à sauver de cette nouvelle version des aventures de Robin des Bois : ni le casting, sans saveur, ni le scénario, stupide, ni la mise en scène affligeante qui ne laisse même pas au spectateur la possibilité de faire la sieste. Un ratage total.
M.Q.

Sauver ou périr **
Gravement brûlé au cours d’une intervention, un jeune pompier peine à reprendre goût à la vie. Le quotidien des soldats du feu n’occupe qu’une petite partie de ce récit, qui souffre de dialogues bavards et explicites, ainsi que d’une trame sans surprises.
M.Q.

Voyage à Yoshino **
Une histoire bizarre de fleur très rare au fin fond du Japon donne à Naomi Kawase l’occasion de réunir à l’écran Juliette Binoche et Masatoshi Nagase dans ses chères forêts. Trip mystique et évocation d’un monde en voie de disparition, ce voyage se révèle déroutant.
M.Q.