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Les sorties du 21 novembre 2018

Le film de la semaine

 

Amanda de Mikhaël Hers ***

Mikhaël Hers poursuit son exploration délicate de la persistance du deuil et du chagrin nécessaire à le voir s’évanouir peu à peu dans ce film dense et complexe, parfois un peu bavard, mais fondu en un alliage éminemment touchant d’irréalité et de trivialité.

Comme dans Ce sentiment de l’été, le précédent film de Mikhaël Hers, Amanda cherche à réconcilier un espace géographique et démographique doucereux (Paris y est ici croqué en un palimpseste d’images au granulé à la fois étranger et familier, loin des cartes postales) et un paysage affreux et intermittent, celui du deuil à faire, à creuser, où il s’agit ici d’investir “cette région atroce où l’on n’a plus peur” (Barthes). Le spectre du terrorisme, qui n’est d’ailleurs jamais éludé par pédanterie, le film se gardant bien – et à raison – de dénier son caractère possiblement infictionnel, reste cependant au statut de déflagration dont il faut, pas à pas, cautériser les plaies. Amanda est alors un beau symbole de la douleur des traînées de vie discontinues que laisse le deuil derrière lui (une brosse à dents, un vide-poches, un pass Navigo que personne ne viendra plus prendre, tout ces objets triviaux devenant des icônes, des reliques), et ce que ce deuil implique de recul, de repli, pour un jour ressentir les marques d’une évolution. Hers parvient alors brillamment à rendre en images cet état transitoire et brumeux, aidé en cela par la partition extraordinaire d’Isaure Multrier, mais surtout de Vincent Lacoste (dont le jeu, perméable au réel plus que tout, est d’une puissance et d’une gaucherie mêlées éblouissantes). Il est alors un peu dommageable de voir cette grande peinture du reflux de vie se perdre quelque peu, dans une deuxième partie un peu trop bavarde, sur des pentes mélodramatiques qui gagnent en dandysme ce qu’elles perdent en effets de réalité. Heureusement, la scène de fin, grandiose et flamboyante, confirme que la beauté élégiaque du film réside plus que tout dans sa douce littéralité – avoir l’air heureux, sans ressentir le besoin d’y ajouter les paroles.
C.D.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

After My Death ***
Corée du Sud. La disparition d’une lycéenne précipite bientôt son entourage et la communauté scolaire dans la tourmente. Esquivant habilement la complaisance auteurisante, ce premier essai saisit autant pour sa noirceur que pour sa rigueur formelle.
S.H.

Ága **
Dans les étendues arctiques, Nanouk et Sedna vivent dans une yourte loin de toute autre société, au rythme de la chasse et de la pêche. À partir d’un scénario a priori extrêmement simple, le Bulgare Milko Lazarov réalise un récit splendide sur l’amour et l’abandon.
M.Q.

Les Bonnes intentions *
Isabelle, professeure de français dans un centre social, délaisse sa famille au profit de ses activités humanitaires. L’arrivée d’une nouvelle prof va encore compliquer les choses. Gilles Legrand signe une comédie pas très drôle et qui manque cruellement de nuances.
G.R.

L’Enfance d’un maître ***
Fruit de vingt-cinq années de tournage, depuis son élection à l’âge de 2 ans, en 1992, la destinée de Kalou Rinpoché, maître tibétain. Il s’interroge, et nous avec lui, sur la réincarnation, la foi, la liberté d’être et de penser. Passionnant.
G.To.

Les Filles du Soleil *
Révéler ce qui mène au combat des femmes kurdes et ce qui anime d’autres femmes, reporters de guerre, à les suivre est la louable ambition des Filles du Soleil. Las, pour traiter la dimension féministe de son sujet, Eva Husson choisit une forme romantique inappropriée.
Ch.R.

Le Fils du désert *
Récemment orphelin, un adolescent découvre qu’il a été adopté. Il décide de partir à la recherche de sa famille naturelle au Maroc. Du deuil au déracinement, ce récit d’exil, sans surprises ni éclats, déploie une énième variation sur la résilience.
S.H.

Game Girls **
Ce second documentaire d’Alina Skrzeszewska suit la relation de Teri et Tiahna, deux femmes vivants dans le quartier de Skid Row à Los Angeles. Une approche intimiste d’une Amérique sinistrée, qui souffre cependant d’un manque de contextualisation.
A.Jo.

Mauvaises herbes **
Pour réintégrer des collégiens en rupture scolaire, on fait appel à un éducateur encore plus délinquant qu’eux ! Kheiron parle du monde des banlieues avec sincérité et générosité. Non moralisateur, ce film pédagogique est une comédie naïve et réjouissante.
M.B.

Mimi & Lisa : Les Lumières de Noël ***
Quatre petits films d’animation dans lesquels la non-voyante Mimi et son amie espiègle Losa découvrent la magie de Noël et font quelques rencontres inattendues. Le tout forme un programme enchanteur, où la lumière éclaire les villes et plus encore les âmes.
G.To.

The Mumbai Murders ***
À Bombay, le duel entre un tueur en série et le policier drogué qui le poursuit les entraîne dans une descente vers le mal. La vision du monde contemporain d’Anurag Kashyap est d’une noirceur absolue, évoquant, entre autres, la période noire de Fritz Lang.
M.B.

Overlord *
Parachutés derrière les lignes ennemies à quelques heures du débarquement en Normandie, des soldats américains ont pour mission de détruire une antenne radio, mais vont découvrir l’existence d’un laboratoire secret… Une série B aussi maladroite que généreuse.
Mi.G.

Terra franca ***
Sur les berges du Tage au Portugal, un pêcheur solitaire arrive au tournant de sa vie lorsque sa fille aînée s’apprête à se marier. Refusant la dramatisation et la focale ethnographique, ce portrait intergénérationnel révèle avec finesse sa beauté brute.
S.H.

Trois petits rêves ***
Lors de la visite annuelle du Grand Ayatollah dans une ville iranienne, trois garçons narrent leurs rêves dans lesquels un même crime a été commis. Un pamphlet efficace, et au dispositif narratif original, sur l’oppression religieuse et militaire en Iran.
V.V.

Yomeddine *
Un ancien lépreux, Beshay, part à la recherche de son père, qui l’a abandonné dans une léproserie alors qu’il était enfant. Abu Bakr Shawky signe un road movie poétique mais inégal, qui ne parvient pas à soutenir son ambition de critique sociale.
A.Jo.