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Les sorties du 14 novembre 2018

Le film de la semaine

 

Frères de sang de de Damiano & Fabio D’Innocenzo ***

Deux amis d’enfance s’enrôlent dans la mafia locale pour échapper à leur quotidien et leur avenir misérables. Non sans évoquer les codes et les motifs du néoréalisme, ce premier long métrage, soigné et maîtrisé, privilégie la retenue au spectaculaire.

Projeté dans la section Panorama lors du 68e festival de Berlin, Frères de sang commence par une discussion complice entre deux amis d’enfance. Lycéens le jour, livreurs de pizza la nuit, Manolo et Mirko fantasment leur avenir professionnel. Quelques minutes plus tard, ils tueront un homme par accident. Quelques jours après, ils intégreront le réseau mafieux régnant sur la périphérie de Rome. Subtil, le premier film des jumeaux D’Innocenzo décrit l’inévitable glissement de ces deux jeunes innocents vers la criminalité et l’illégalité – drogue, prostitution et autres règlements de compte. Des thèmes déjà chers au cinéma et à l’audiovisuel italien (Gomorra, Suburra, Mauvaise graine…). Ici, les réalisateurs et scénaristes ont à cœur de soigner leurs personnages, principaux comme secondaires, admirablement interprétés. Naïf et enfantin, Mirko forme en effet un duo improbable avec l’hésitant et dubitatif Manolo. Forcément, leurs dérives seront vécues de manières sensiblement différentes. Nourri par cette dichotomie, le dispositif dramaturgique se débarrasse toutefois de tout effet spectaculaire. De la violence distante à la représentation des banlieues romaines, Frères de sang fait le choix d’une approche réaliste, presque documentaire. Mais il fait également la part belle aux ellipses et aux hors- champs. À l’image d’une scène où Mirko, dans sa voiture, approvisionne en eau et en préservatifs ses prostituées. À hauteur de l’habitacle, la caméra défile le long de la route, prenant le soin de ne jamais dévoiler le visage des travailleuses et isolant un peu plus le jeune homme. Funeste, ce plan maîtrisé se fait néanmoins le témoin d’un genre (le film noir) encore bien vivant.
S.H.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Les Animaux fantastiques : Les Crimes de Grindelwald **
Nouvelle incursion dans le monde magique et fantastique de J.K. Rowling. Si les ravissements esthétiques se confirment avec l’expérience de David Yates, cette suite pâtit néanmoins d’un scénario inutilement confus et de sous-intrigues très inégales.
S.H.

Carmen & Lola **
Adolescentes espagnoles, Carmen et Lola tombent amoureuses. Mais leurs proches ne l’entendent pas de cette oreille. Si les actrices sont d’un naturel confondant, et l’immersion passionnante dans la communauté gitane, le récit manque de puissance.
I.B.

Célébration ***
Des ateliers de l’avenue Marceau aux coulisses des podiums, de derniers croquis en derniers défilés, le documentariste Olivier Meyrou filme avec tendresse un Yves Saint-Laurent au crépuscule de sa carrière, fragile et tourmenté.
M.P.

Les Chatouilles *
Une danseuse, violée enfant et qui se sent “comme le cygne qui meurt” commence une thérapie. Un propos qui aurait pu être passionnant mais se délite dans un récit mêlant le rire et l’émotion, l’horreur et l’imaginaire, les flash-backs et le présent, sans trouver le ton juste.
M.Q.

Chien de garde **
Entre ses études et un job de collecteur de dettes de drogue, JP veille sur sa mère alcoolique et son frère hyperactif, tout en rêvant d’une vie nouvelle avec sa petite amie. Un premier film imparfait mais dynamique, porté par de belles performances d’acteurs.
J.L.

8, avenue Lénine ***
Les effets de réel poignants de ce film tout sauf protocolaire et rigidement militant nous saisissent et ne nous lâchent pas, et lui assurent une pérennité esthétique, politique, discursive et lyrique, dans sa dévotion à dépeindre un simple fait dans l’Histoire.
C.D.

Millénium : Ce qui ne me tue pas **
La hackeuse Lisbeth Salander se retrouve au cœur d’une machination qui menace la planète. Illuminé par Claire Foy, un thriller compétent, qui lorgne sur le pur film d’espionnage, mais dans lequel on peine à retrouver la personnalité de Fede Alvarez.
Mi.G.

Petits contes sous la neige ***
Avec ses sept univers tendres, espiègles et poétiques, proposés par des cinéastes de pays différents, ce programme de courts métrages destiné aux tout-petits constitue une belle introduction à la richesse du cinéma d’animation et à ses diverses esthétiques.
J.L.

Premières solitudes **
Dans un lycée d’Ivry-sur-Seine, des élèves de 16 à 18 ans se confient leurs histoires de famille, leurs passions… leur solitude. Bien que nourri de portraits touchants, ce documentaire de commande se heurte à un dispositif narratif quelque peu répétitif.
S.H.

Robillard **
Henri-François Imbert réalise un troisième documentaire sur une figure de l’art brut qui entame, à 80 ans, une carrière théâtrale. Malgré quelques faiblesses dans son exposé, il s’agit d’un bel hommage destiné à la fois à l’artiste, au patient, et à l’ami qu’incarne Robillard aux yeux du cinéaste.
V.V.

Sami ***
Elle Marja accompagne son fils et sa petite-fille pour l’enterrement de sa sœur Njenna. Sur place, sa haine pour ses origines lapones ressurgissent. Jusqu’à ce que le passé remonte… Un regard sur le colonialisme suédois subtil et déchirant.
G.To.

Suspiria °
À Berlin, en 1977, Susie est admise dans une prestigieuse école de danse. D’étranges événements se produisent alors… Remake totalement raté du film de Dario Argento, ce Suspiria boursouflé, poseur et interminable, fairt bâiller quand il devrait faire frémir.
G.R.