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Les sorties du 3 octobre 2018

Le film de la semaine

 

Amin de Philippe Faucon ***

Amin, Sénégalais, travaille sur les chantiers d’Île-de-France. Père de trois enfants, il envoie son argent à son épouse Aïcha, au pays. Un jour, il se retrouve employé chez Gabrielle. Une relation charnelle naît entre eux. Un constat humain et exemplaire sur l’immigration.

Philippe Faucon décape en douceur, sans éclaboussures. Mais va jusqu’à l’os. Dans La Désintégration (2011), il scrutait ainsi de façon prémonitoire la montée de la radicalisation. Visiblement très bien documenté, Amin ausculte la vie des immigrés sur nos chantiers, tant publics que privés. La force du récit est multiple. Un tempo narratif mesuré sur le fond que viennent hacher formellement des séquences “cutées” qui nous bousculent au fil des allers-retours France-Sénégal, des couples, des divers héros de l’histoire… Plusieurs destins s’achevant sur une parfaite unité de ton. Un discours préférant judicieusement le sens entomologique du geste et du détail à des dialogues qui seraient appuyés et/ou moralisateurs. Et surtout une mise en miroir d’une grande finesse confrontant un couple que la géographie et l’économie éloignent à un autre qui se distancie par lui-même, tous deux se retrouvant, chacun pour ce qui le concerne, dans la même misère sexuelle, la même incapacité de communiquer, la même solitude… Certains caractères pourront paraître écrits à la serpe, notamment ceux d’Hervé et de Célia. Mais leur sincérité les empêche de sombrer dans la caricature. Tout comme le drame, permanent, ne flirte jamais avec le pathos. Enfin, Philippe Faucon n’épargne personne : Amin et ses collègues sont des tirelires exploitées jusqu’au dernier centime tant par leurs proches restés au pays que par leurs employeurs ou amis en France. Sans oublier sa dénonciation discrète des trafics de papiers, de la montée religieuse en Afrique, du poids des coutumes et du collectif d’un côté comme de la nécessité de survivre en France. Un “vrai” film politique.
G.To.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Alad’2 *
Après Les Nouvelles aventures d’Aladin, voici de nouvelles aventures sobrement intitulées… Alad’2. Toujours aussi immature à 27 ans, Kev Adams est déjà dans l’autodérision tandis que Djamel Debbouze apporte son délire verbal à cette grosse productions.
M.B.

A Star is Born **
Bradley Cooper réalisateur démaquille Lady Gaga dans une tragédie hollywoodienne bien connue : l’ascension fulgurante d’une chanteuse suite à sa rencontre avec une vedette sur le déclin. Un film attachant pour sa candeur. Pas pour son originalité.
A.J.

Blindspotting ***
Entre réalisme et onirisme, comédie et drame, ce film inclassable, qui raconte les déboires de deux amis dans une ville d’Oakland en pleine transformation, est une petite merveille d’inventivité qui charrie aussi un discours politique édifiant. Un petit coup de cœur.
M.Q.

Le Cahier noir *
Au-delà de son parti pris littéraire élaboré, un film d’apparat raté, confondant polissage et politesse. La pudibonderie excessive n’y dissimule aucun trouble hormis celui – expédié et inexploité – amené par l’objet de son titre.
C.Lê.

Chris the Swiss **
La réalisatrice enquête sur la mort de son cousin, journaliste devenu mercenaire pour les Croates en 1992. Les témoignages sont intéressants quoique parfois un peu ambigus, voire complaisants. Cependant les séquences animées sont plastiquement très réussies.
M.B.

En mille morceaux *
En 1977, Éric assassine Olivier, le fils de Nicole. Vingt-cinq ans plus tard, à sa sortie de prison, ils se rencontrent. Un huis clos peinant à convaincre, tant dans le fond que dans la forme, et qui aurait plus sa place dans un théâtre que dans une salle de cinéma.
M.Du.

Frères ennemis **
Autrefois inséparables, Manuel et Dris ont pris des chemins radicalement opposés. Jusqu’au jour où un meurtre va réunir le trafiquant de drogue et le policier… Bien que porté par d’excellents acteurs, ce polar peine à transcender son classicisme formel.
S.H.

Nico & Patou **
Un ensemble de huit très courts métrages destinés aux plus jeunes enfants, qui forme un bel hommage à l’amitié autant qu’une ode à la nature. Parfait à savourer par épisodes quotidiens, ce qui permettra d’aborder calmement la richesse de ses morales.
Ch.R.

Nos batailles ***
Un père de famille syndiqué se retrouve seul après le départ de sa femme. Guillaume Senez propose de belles issues de secours dans un film où les corps en lutte brillent autant par leur absence que par leur surgissement salvateur.
C.Lê.

La Saveur des ramen ***
À la mort brutale de son père, chef cuisinier, Masato, déjà orphelin de mère, part retrouver son oncle oncle maternel à Singapour. Il va découvrir un lourd secret familial… Une déliceuse recette sur la résilience et la réconciliation avec les siens.
G.To.

Shut Up and Play the Piano **
À travers des images d’archives et interviews, Philipp Jedicke retrace la carrière du musicien Chilly Gonzales. Un premier film enthousiasmant et électrique, hommage à une personnalité flamboyante, qui pourra néanmoins laisser les amateurs sur leur faim.
A.Jo.

Upgrade *
Victime d’une agression, Grey retrouve l’usage de ses membres grâce à l’implant d’une IA révolutionnaire. Un “revenge movie” convenu sur son versant thématique (phobie des nouvelles technologies, etc.), mais çà et là réjouissant par son amoralité décomplexée.
T.F.