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Les sorties du 24 octobre 2018

Le film de la semaine

 

Cold War de Pawel Pawlikowski ****

Entre la Pologne et la France et entre 1949 et 1964, un homme et une femme s’entêtent à s’aimer malgré la force de l’Histoire qui ne cesse de les séparer. Un film simple et beau, qui capture l’essence d’un grand drame romanesque dans le petit flacon d’une ritournelle.

Reconduisant les partis pris esthétiques d’Ida (format carré, noir et blanc, cadrages sophistiqués), Cold War peut se visiter comme une (très belle) expo photo. Pourtant c’est aussi, et peut-être avant tout, un film sonore. Au-delà du fait que la musique y joue un rôle central, la bande-son elle-même semble conçue comme une musique à part entière, dans laquelle les sons, les voix, les soupirs ou les silences s’agencent rythmiquement autour d’une mélodie, sentimentale et lancinante. Le récit, suivant une histoire d’amour sur quinze années, brasse une ample matière romanesque, que l’on imaginerait a priori vouée à nourrir une grande fresque. Mais Pawlikowski, lui, choisit de la traiter sur le mode elliptique et doucement mélancolique d’une chanson, genre “On s’est connu, on s’est reconnu, on s’est perdu de vue, etc.” Les années passent, rapides comme des phares de voiture dans la nuit. Les péripéties dramatiques, les grands événements, sont renvoyés d’un coup d’essuie-glace dans le noir qui sépare chacun des tableaux. Et alors, ce qui remonte, comme la voix au-dessus des orchestrations, c’est ce qui court entre les événements, c’est-à-dire l’amour qui unit ses deux héros, et dont la permanence inflexible est le vrai sujet de la chanson. Ainsi, on peut avoir l’impression que dans Cold War, l’émotion est absente, mais en fait elle n’est juste pas celle que l’on attend. Elle est ailleurs, autrement. Elle est dans l’interférence entre une ellipse et un regard. Elle est dans la beauté des actes qui se passent d’explications. Elle est dans le fait de montrer l’amour comme quelque chose d’aussi simple et entêtant que trois notes de musique bien placées et répétées ad libitum. Elle est dans cette pudeur des chansons tristes, qui savent raconter un drame sans en faire une tragédie.
N.M.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Les Âmes mortes ****
Wang Bing revient sur la terrible répression que subirent des centaines de milliers de Chinois considérés comme “droitiers” à partir de 1957. Un véritable document d’histoire pétri d’humanité, terrible et riche en informations, à voir et à méditer.
G.R.

Bamse au pays des voleurs **
À destination d’un très jeune public, les aventures de l’ours le plus fort du monde sont agréablement mises en image. Les cinéphiles plus âgés, en revanche, regretteront le ton volontiers moralisateur et l’extrême classicisme de l’animation.
J.C.

Chair de poule 2 **
Adapté de la collection de livres à succès, ce nouveau Chair de poule, qui raconte les aventures d’un pantin de ventriloque qui prend vie, revisite les poncifs du film d’épouvante à destination des préadolescents. Rétro et sympathique.
M.Q.

Dakini **
Bhoutan. Enquêtant sur la disparition d’une nonne bouddhiste, un détective tombe sous le charme d’une mystérieuse femme, présumée coupable. Non sans quelques longueurs, ce premier film séduit par son caractère indicible et ses personnages complexes.
S.H.

L’Envers d’une histoire ***
En faisant de son appartement familial un atlas subjectif de la Serbie, la réalisatrice Mila Turajlic, dont c’est ici le deuxième long métrage après Cinema komunisto (2010), dresse avec brio l’histoire d’une famille, d’un pays et d’un peuple dans la tourmente.
M.Du.

Le Grand bain ***
De la natation synchronisée comme antidépresseur. Une comédie écrite et drôle. Un joyeux bras d’honneur adressé à l’esprit compétitif de l’époque. Des acteurs avec qui on a envie de partir en vacances. En gros, un film qui a tout pour plaire.
N.M.

Halloween **
Au croisement entre le reboot et une suite inédite du fameux film de John Carpenter, le nouvel Halloween mélange étude de caractères et slasher classique, pour un résultat plutôt humble – malgré la touche auteurisante de David Gordon Green – et bien mené.
S.G.

Jean-Christophe & Winnie ***
De ce joli divertissement sépia, jamais cynique, émane un charme daté, dont l’esprit de sérieux à toute épreuve et la foi dans un imaginaire partageable permettent de passer outre l’absence de style et l’arythmie discursive – voire mieux, d’en faire une force.
C.D.

Quién te cantará **
Frappée d’amnésie après un accident, une célèbre chanteuse demande son aide à une fan pour réapprendre sa musique. Baigné d’une atmosphère onirique, ce drame espagnol dresse un double portrait dont le mystère et l’intensité ne nous parviennent pas tout à fait.
J.L.

Six portraits XL : 2
Deux nouveaux portraits signés Cavalier : celui de Jacquotte, qui visite chaque année la maison de son enfance, et celui de Daniel, vérificateur obsessionnel et amateur de jeux à gratter. Le filmeur, à l’exquise délicatesse, intrigue et séduit une nouvelle fois.
G.R.

La Tendre indifférence du monde ***
Un film de grande beauté. Comme chez Mizoguchi, la beauté formelle sert à montrer la beauté et la cruauté de ce qui est filmé. La composition des plans et le jeu des acteurs magnifient la confrontation entre un mafieux et une jeune femme chargée de sauver les siens.
P.F.