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Les sorties du 17 octobre 2018

Le film de la semaine

 

The House That Jack Built de Lars von Trier ***

En s’attachant à la figure corvéable à loisir du tueur en série et en en faisant son alter ego, Lars von Trier perpétue un acte de repliement déjà opéré dans Nymphomaniac, et signe une œuvre aux fondations solides et au toit branlant – une maison bancale et parfaite.

Faut-il laisser toute espérance en passant le pas de la porte-Lars-von-Trier ? S’il est difficile de répondre à cette question, c’est parce qu’en citant explicitement La Divine Comédie, LVT aiguillonne le regard herméneutique, mais brouille dans le même flux les pistes. Celle la plus évidente, certainement la plus juste, voudrait que Jack, ce tueur en série pour qui la pulsion créatrice prévaut à tout, soit à la fois un portrait lucide et glacé d’un réalisateur déchu, passé de la maniaquerie grandiose (Melancholia) à la déflagration triviale (Nymphomaniac), et d’un Dante en négatif, sans tendresse mystique, mais avec le même désir d’absolution sans contrition, désir sans cesse contrarié par cette passion démiurgique. Mais si von Trier et/ou Jack ont peur, ce n’est pas de l’Enfer. La damnation, c’est ici et maintenant, et l’apaisement n’est qu’illusoire. Et dans un monde de simulacre, l’important devient alors de faire choir les masques, d’exposer la chair. Dont acte, ou demi-acte : au travers de cinq épisodes, Jack détruira un idéal pour mieux le reconstruire, en vase clos, dans sa chambre froide aux allures de sanctuaire. La famille modèle, la blonde écervelée (jouée par le petite-fille d’Elvis Presley), tout les fétiches américains se doivent d’être brisés… dans une Amérique fantasmée, von Trier tournant en Scandinavie. Et c’est cette impuissance du réel et cette puissance de l’insatisfaction qui font de ce film un chef-d’œuvre syncrétique : von Trier hésite entre la catabase dantesque infernale et l’empilement maladif, entre l’horreur et la grâce, entre l’art brut et brutal (et dont la maison du titre serait un artefact muséal) et le formalisme baroque. Et si son film est si beau, c’est parce qu’il est condamné à errer entre ces deux pôles, ni damné, ni sauvé, mais compris.
C.D.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Capharnaüm *
Un enfant de 12 ans intente un procès à ses parents pour lui avoir donné la vie. Un mélodrame social qui martèle son message avec une telle vigueur qu’on entend davantage le bruit du marteau que le sens du message.
N.M.

First Man ***
Inspiré de l’ouvrage biographique de James R. Hansen, First Man est dépourvu du charme et de l’énergie des précédentes réalisations de Damien Chazelle. Mais le film est efficace, et prouve que le cinéaste oscarisé peut s’émanciper de ses thèmes de prédilection.
A.L.

Le Flic de Belleville
Chronique à venir

La Grande aventure de Non-Non ***
Trois films d’animation aussi drôles qu’inventifs réunissant l’indécis ornithorynque Non-Non et ses amis Zoubi la grenouille esthète, Magaïveur le mini crabe maxi content, Grocroc l’ours bricoleur casqué, Grouillette la tortue à roulette et Bio le lapin écolo.
G.To.

Le Jeu °
Sept amis décicent de révéler, le temps d’un dîner, tout ce qu’émettront leurs téléphones portables. À la vue de ce Jeu, nous aurions presque préféré que ce postulat soit l’amorce d’un film participatif, ce qui aurait pu laisser espérer des situations plus nuancées.
Ch.R.

The Predator °
Un militaire est témoin du crash d’un vaisseau spatial. Un extraterrestre en sort, qui tue ses hommes. Une terrible traque se prépare… Mal écrit, bêta, totalement ringard, ce Predator ferait presque de la peine. Qu’est-il arrivé à Shane Black ?
G.R.

Le Procès contre Mandela et les autres ***
Ce documentaire rigoureux s’appuie sur les témoignages exceptionnels des coaccusés de Mandela en 1963 et les archives sonores de l’époque, sublimées par l’animation. C’est émouvant. Frustrant aussi, car on aimerait en savoir plus sur le déroulement du procès.
M.Q.

Sans jamais le dire **
Lena, 17 ans, voit sa vie et ses rêves basculer lorsque son professeur la viole. Pour son premier long métrage de fiction, Tereza Nvotová triomphe de quelques facilités en puisant habilement dans la puissance émotionnelle de son actrice principale.
S.H.

Six portraits XL : 1 ***
Chacun à l’aube d’un bouleversement professionnel, Léon le cordonnier et Guillaume le boulanger se soumettent tour à tour au regard bienveillant et malicieux d’Alain Cavalier, dans deux portraits successifs pleins de délicatesse, quoique inégaux en intensité.
J.L.

Wine Calling ***
Focus sur une dizaine de vignerons d’Occitanie qui se sont associés pour fabriquer du vin naturel. Un film à consommer sans modération, même si on ne boit pas de vin, tant ce qui y est dit dépasse le cadre œnologique et viticole pour se hisser à l’art de vivre.
G.To.

Yéti & Compagnie ***
Un yéti trouble la tranquillité de son village lorsqu’il découvre l’existence du Smallfoot – le terrifiant “petit pied” – et remet en cause les croyances de sa communauté. Une comédie familiale fougueuse, légère et drôle, dont le message progressiste fait mouche.
Mi.G.