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Les sorties du 10 octobre 2018

Le film de la semaine

 

Girl de Lukas Dhont ***

Le parcours douloureux d’une adolescente transgenre qui essaye de percer en tant que danseuse classique. D’une incroyable maîtrise, ce premier film d’un jeune cinéaste dessine un portrait sans pathos, fort et sincère, et révèle un jeune comédien épatant.

Lara est une adolescente solitaire et taiseuse. Elle vit en Belgique, où elle s’entraîne pour devenir danseuse étoile. Elle est soutenue par un père protecteur et s’occupe d’un petit frère agité. Sauf que Lara n’est pas une adolescente comme les autres : elle est née Victor. Le film suit donc le quotidien d’une adolescente transgenre entre ses rendez-vous médicaux, sa pratique de la danse et sa vie familiale. Au fur et à mesure, le réalisateur Lukas Dhont dresse le portrait sensible d’un être atteint d’une souffrance sourde mais violente, un être enfermé dans un corps qui n’est pas le sien. Ainsi, Lara cache son sexe avec des bouts de sparadrap avant de mettre son juste-au-corps, n’ose pas se doucher avec ses camarades, est terrifiée lorsque son père entre sans prévenir dans sa chambre au moment où elle se change. Le cinéaste parvient à capter avec délicatesse ce mal-être tout en ayant l’intelligence de ne pas faire de son quotidien une suite d’humiliation. Elle se retrouve d’ailleurs entourée d’une rare bienveillance, que ce soit de la part du corps médical ou de ses proches. D’ailleurs, son père n’a de cesse de lui répéter, tel un mantra, qu’il voit une fille quand il la regarde, et non l’homme qu’elle perçoit de son côté. Car la vision même de son corps est pour Lara une douleur incommensurable qu’elle ne parvient à partager. Et c’est d’ailleurs là que se dessine, en filigrane, le vrai sujet du film : l’incommunicabilité d’une douleur. En effet, alors que tout est fait pour qu’elle évolue dans un environnement sain lui permettant de réaliser sa transition en douceur, Lara perd progressivement pied et, plus elle se regarde, moins elle accepte ce corps. Et cette absence d’extériorisation de ses émotions finira par la consumer dans un final aussi bouleversant qu’anxiogène.
R.T.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

L’Amour flou ***
Romane Bohringer et Philippe Rebbot mettent scène (dans tous les sens du terme) leur séparation. Ce qui donne une libre improvisation chaotique et enlevée. Une sorte de rupture, chaleureuse, marrante et mélancolique.
N.M.

L’Autre Rio ***
À Rio, près du stade Maracanã, une immersion dans un squat occupé par des expropriés, lors des JO de 2016. Ou comment cacher la misère locale pour offrir un spectacle planétaire. Un premier film engagé, mais jamais moralisateur ni directif.
G.To.

Dilili à Paris ***
Dans le Paris de la belle Époque, la petite Dilili combat une secte obscurantiste avec l’aide de grands personnages historiques. Le nouvel opus de Michel Ocelot séduit par son animation et son ton inimitables, plus que par son récit un peu répétitif et compliqué.
I.B.

Domingo *
2003 : le jour de l’investiture de Lula, une famille de la bourgeoisie brésilienne se retrouve à la campagne. Rapports de classe, relations maîtres-domestiques, racisme plus ou moins latent : on a connu Barbosa (ici accompagné de C. Linhart) plus inspiré pour dresser pareils constats.
T.F.

Galveston **
Ce cinquième film de Mélanie Laurent nous entraîne dans l’Amérique sombre des gangsters et des prostituées. Elle signe un film noir au casting séduisant et au scénario très classique, que les efforts de mise en scène ne suffisent pas à sortir du lot.
M.Q.

Impulso **
Cet élégant documentaire suit le travail de la danseuse de flamenco Rocío Molina lors de la création d’un nouveau spectacle. Le film oublie un peu le spectateur profane, mais parvient à capter la foudroyante énergie d’une artiste unique au sommet de son art.
G.R.

Johnny English contre-attaque *
L’espion gaffeur reprend du service pour contrer un cyberterroriste. Troisième volet de la franchise, le film de David Kerr confirme, plus que son essoufflement, sa ringardise fondamentale, et remet aux calendes grecques la perspective d’un rôle digne du talent de Rowan Atkinson.
T.F.

Lindy Lou ***
Il y a plus de vingt ans, Lindy Lou, membre d’un jury, condamne un homme à mort. Depuis, elle ne cesse d’être rongée par la culpabilité. Ce documentaire aux allures de road movie épingle admirablement les contrecoups du système judiciaire américain.
S.H.

La Particule humaine *
Dans un futur où plus rien ne pousse, le professeur Erin part à la recherche d’un scientifique dont la théorie pourrait sauver l’Humanité. D’un argument intéressant, l’auteur tire un film visuellement soigné mais au propos simpliste et sans personnage fort.
G.R.

Le Rat scélérat
Chronique à venir

RBG ***
À 85 ans, Ruth Bader Ginsburg demeure l’une des uniques femmes juges à exercer à la Cour Suprême des États-Unis. Avec un sens du rythme exemplaire, Julie Cohen et Betsy West signent un documentaire aussi pertinent qu’enlevé sur une icône juridique et culturelle.
S.H.

Tazzeka **
Élevé dans un village marocain par une grand-mère qui lui transmet le goût de la cuisine, Elias rêve de devenir chef. Son départ en France sera le point de départ des désillusions et de l’accomplissement. Une jolie chronique initiatique et culinaire.
N.Z.

Venom °
Chronique d’une catastrophe annoncée. De la mise en scène chaotique à l’interprétation embarrassante, le spin-off centré sur l’ennemi de l’homme-araignée est un édifiant rappel de tout ce qu’il ne faut pas faire en matière de film de super-héros.
S.H.

Voyez comme on danse
Chronique à venir