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Les sorties du 5 septembre 2018

Le film de la semaine

 

Shéhérazade de Jean-Bernard Marlin ***

Sorti de prison pour vols avec violence, Zac, 17 ans, retrouve ses potes de quartier et rencontre Shéhérazade, une jeune prostituée. Une relation trouble débute entre eux. Zac devient proxénète… Un récit quasi documentaire, ce qui en fait sa qualité première.

Pour son premier long métrage, inspiré d’un fait réel, Jean-Bernard Marlin ne fait pas dans la facilité ! Déjà, choisir le lien trouble pouvant entremêler amour et prostitution – donc proxénétisme -, était culotté ! Mais il ne fait rien pour susciter l’empathie envers ses personnages, sorte de Bonnie and Clyde du sexe et non du braquage, sans l’aura du mythe hollywoodien. Seulement voilà : si Shéhérazade et Zac manquent de repères, notamment familiaux, et de réflexion, ils ne sont pas “méchants”. Ils rêvent de s’en sortir. Il nous faut donc changer de focale et délaisser ce récit un brin convenu, mêlant naturaliste, polar et romance… et nous intéresser au fond. Visiblement très documenté, Shéhérazade apparaît alors, à l’instar du Chouf de Karim Dridi (2015), qui lui s’intéressait au milieu de la drogue, comme une formidable exploration de la misère sentimentale, sexuelle, intellectuelle et morale régnant dans certains quartiers (ici de Marseille mais ce pourrait être dans bien d’autres), poussant ses habitants à un déterminisme social duquel il faut une volonté de fer pour parvenir à s’extraire. Et la solution proposée par Marlin, l’amour après la rédemption, n’est pas la plus mauvaise, comme l’illustre le poignant cri final de Shéhérazade (“Sors de là, Zac, je t’attends”). Suivant ses personnages (incarnés avec une justesse et un naturel remarquables) sans chercher à forcer notre empathie, le film est au départ d’un abord aride, mais progressivement il se gorge d’humanité et fait monter l’émotion. Par ailleurs, la mise en image est dynamique sans être jamais hystérique, et il est rare de voir une ville ainsi intégrée à une histoire au lieu de n’en être que le simple décor.
G.To.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

À la recherche de Ingmar Bergman °
La cinéaste allemande Margarethe von Trotta veut interroger son rapport à l’œuvre du génie suédois Ingmar Bergman, qui l’a profondément marquée. Oubliant très vite son contrat avec le spectateur, elle ne propose qu’un bric-à-brac de séquences creuses.
P.F.

Free Speech *
Ce documentaire sur la liberté d’expression dynamite son idée de départ par des choix discursifs confus et des entrevues aux allures de lapalissades géantes, mais trouve une légère rédemption quand il se replie sur la question de sa pertinence propre.
C.D.

Invasion **
Des extraterrestres débarquent sur Terre pour voler aux humains les concepts qui les animent… Le dernier Kiyoshi Kurosawa fait partie de ces films usinés en vitesse plutôt que polis avec amour, mais les pelures cinématographiques du cinéaste japonais valent bien des fruits frais.
C.D.

Photo de famille **
Ce deuxième film de Cécilia Rouaud (après Je me suis fait tout petit, déjà avec Vanessa Paradis) bénéficie d’un casting solide, et la sincérité de l’histoire – bienveillante pour chacun des personnages – assume un premier degré qui se révèle assez émouvant.
Ch.R.

Sofia **
Sofia, 20 ans, se découvre enceinte au terme d’un déni de grossesse. Hormis sa cousine Lena, ceux qui l’entourent vont chercher avec elle à éviter le scandale et tirer partie de la situation. Un premier long métrage d’une intelligence impressionnante.
G.To.

Un nouveau jour sur Terre **
La nature est le lieu de toutes les émotions. C’est ce que montre avec talent ce documentaire adapté à tous, qui s’appuie sur de magnifiques images mais aussi une narration bien pensée, qui saura accompagner les plus jeunes dans ce voyage.
M.Q.

Whitney ***
Montée au firmament et autodestruction d’une des plus grandes stars féminines de la musique des années 1980 et 1990. En relatant la vie de Whitney Houston dans un documentaire “officiel”, c’est la société américaine de l’époque que Kevin Macdonald ausculte.
Mi.G.