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Les sorties du 26 septembre 2018

Le film de la semaine

 

Un peuple et son roi de Pierre Schœller

De la prise de la Bastille à la mort de Louis XVI, Pierre Schœller montre des gens en train de faire une révolution. Un film à la fois austère et lyrique, qui englobe intelligemment l’histoire et le présent dans une même réflexion.

Thèse / antithèse / synthèse : après un film sur les exclus (prémonitoirement – ou programmatiquement – intitulé Versailles) et un film sur le pouvoir (L’Exercice de l’État), Pierre Schœller met l’un en face de l’autre : Un peuple et son roi. Ce film sur la révolution française se place donc dans le prolongement direct d’une démarche ancrée dans le contemporain. Ce qui explique sa volonté forcenée d’éviter le folklore ou la représentation iconique (textes, événements, décors : tout est validé par un vaste travail de documentation). Il y a là quelque chose du Lincoln de Spielberg : une volonté de relire des événements mythologiques en les réinscrivant dans le réel, en les ramenant à échelle humaine sans pour autant leur enlever leur grandeur. On retrouve par ailleurs l’approche très singulière de Schœller, que portent à la fois une énergique colère et un souci de ne rien omettre de la complexité des faits et des hommes. Certes, le film paraît parfois un peu crispé sur la nécessité de faire tenir ensemble nombre de paramètres antinomiques (une narration ample et une durée n’excédant pas 2h, un grand récit historique et des parcours individuels, etc.). Peut-être aurait-il gagné à choisir des axes plus tranchés pour donner toute sa puissance. Il n’empêche qu’Un peuple et son roi est régulièrement ponctué de moments de cinéma superbes, où le sens de la beauté et le sens tout court marchent ensemble, et que la démarche qui l’anime est passionnante. En effet, le film peut se voir comme une illustration de la phrase de Pavese : “La politique est l’art du possible”. Or, dans une époque où la politique de métier est devenue l’art de masquer l’impuissance et où le sentiment de l’impossible est permanent, il n’y a rien de plus noble et de plus pertinent pour une œuvre artistique que d’essayer de nous reconnecter avec l’idée du possible.
N.M.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Donbass ***
Chronique chorale de la guerre du Donbass, le nouveau long métrage de Sergeï Loznitsa (Dans la brume, Une femme douce…) pilonne la société ukrainienne à l’artillerie lourde. Prix de la mise en scène Un Certain Regard 2018, le film ne fait pas dans la dentelle, mais dégage une puissance indéniable.
T.F.

Help °
Un flic impuissant tente de mettre la main sur un tueur en série. Cet égotrip fauché, d’abord drôle dans sa niaiserie et son amateurisme, finit, alors que les faux pas s’accumulent, par se transformer en une gênante auto-flagellation.
C.Lê.

Hostile **
Après une catastrophe planétaire, Juliette a un accident de voiture en plein désert, alors qu’elle cherchait de la nourriture. Elle se retrouve seule, de nuit, et un monstre rôde… Un honnête film de genre, plutôt bien écrit et à la mise en scène soignée.
G.R.

I Feel Good **
Jean Dujardin et Yolande Moreau sont le tandem de choc de la nouvelle comédie du duo Kervern / Delépine. Mais les deux trublions du cinéma français s’appuient un peu trop sur leurs acteurs et les dialogues au risque de négliger le rythme du récit.
M.Q.

Libre ***
Comment le combat mené par Cédric Herrou, paysan à La Roya dans le sud-est de la France, pour aider les migrants à demander le droit d’asile malgré les embûches de l’État, ont abouti à la reconnaissance de la valeur constitutionnelle de la Fraternité.
G.To.

The Little Stranger **
Un modeste médecin de campagne voit son destin lié à un manoir délabré et à ses habitants. Relevant autant du thriller psychologique nébuleux que de la cinglante étude sociale, le sixième film de Lenny Abrahamson refuse timidement de choisir. Jusqu’au point de rupture.
Mi.G.

L’Ombre d’Émilie **
Entre thriller policier et parodie de série (autant de Gossip Girl que de Desperate Housewives), L’Ombre d’Émilie séduit tout d’abord par son ton provocateur, mais Paul Feig (Mes meilleures amies) ne parvient pas à pousser le concept hors des sentiers battus.
Ch.R.

La Prophétie de l’horloge *
Tout en restant indigeste pour les petits comme pour les grands, cette histoire de sorciers et de maisons hantées est un gâteau d’Halloween aussi rassis que faisandé d’où jaillissent, de temps à autres, quelques pourritures graphiques bienvenues.
C.Lê.

Rafiki **
Ode à l’amour d’une douceur ineffable, le film de la Kenyane Wanuri Kahiu, objet pop et sensible interdit de diffusion dans son pays, répond fort à propos à l’aggravation du climat anti-LGBTI en Afrique de l’Est, mais pèche par son récit sans aspérités.
L.R.

Le Vent tourne *
Deux possibilités de vie s’offrent à Pauline sous les traits d’un néo-berger altermondialiste et d’un ingénieur globe-trotter. La question du désir, au cœur de ce “vent qui tourne” de l’un vers l’autre, aussi passionnante soit-elle, est traitée de façon trop anecdotique.
Ch.R.