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Les sorties du 19 septembre 2018

Le film de la semaine

 

Les Frères Sisters de Jacques Audiard

Opérant une sorte de synthèse de ses interrogation sur la virilité, à travers un western psychologique et sombre, Audiard revient à son meilleur, avec un film à la fois complexe (par ses divers niveaux de lecture) et évident (par sa dimension de “pur cinéma”).

Il est étonnant qu’un projet au départ si peu personnel (il s’agit d’une adaptation, dont l’initiative revient à John C. Reilly et à son épouse, la productrice Alison Dickey) devienne à l’arrivée un film aussi signé. En effet, cette première expérience américaine de Jacques Audiard, loin d’être une fugue dans les contrées récréatives de l’exercice de style, marque un retour du cinéaste aux fondamentaux de son cinéma, qu’il condense et harmonise en une brillante synthèse. Tout en traversant, sans se laisser griser ou impressionner, les différentes figures imposées du western – coups de feu dans la grande rue, étape au saloon, conversation devant le feu de camp… – Audiard tisse un récit en forme de cauchemar : une traversée de l’enfer de la virilité (où même les femmes sont des hommes…) avant retour au ventre maternel. Le thème du père, qui hantait tout le début de sa filmographie, revient en force. La première partie, mettant en parallèle les voyages de deux binômes se courant après, s’impose comme une relecture de Regarde les hommes tomber (titre qui aurait d’ailleurs pu valoir pour ce film, même si l’ironique Frères Sisters n’est pas mal non plus…). Western aux résonances psychanalytiques, le film couche aussi le capitalisme américain sur le divan, en remontant à ses origines et en condensant, dans une séquence en forme de parabole, le scénario névrotique de ses dérives actuelles : compromission, vertige suicidaire du “toujours plus”, pollution… Riche de sens, le film n’est pour autant jamais didactique et sait tout du long conserver une part de mystère, qu’entretient la réalisation. En effet, dès les premiers plans, on sent chez Audiard un appétit de mise en scène, une aptitude renouvelée à trouver des solutions pour mettre les idées en images sans céder aux évidences.
N.M.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

L’Amour est une fête ***
Au début des années 1980, deux flics s’infiltrent dans le milieu du porno. Inattendu et déconcertant dans sa narration, le nouveau Cédric Anger réussit à imposer peu à peu un rythme et une tonalité qui lui sont propres. Un film curieux et attachant.
N.M.

Avant l’aurore **
Cette plongée brutale dans un Cambodge miné par la pauvreté et les trafics en tous genres dilue malheureusement sa force documentaire dans une fiction elliptique et décousue, dont les personnages et les enjeux sont trop rapidement esquissés.
F.B-P.

Bergman **
1957. L’angoissé Ingmar Bergman mène de front pas moins de sept projets artistiques, qu’il conjugue avec une vie amoureuse et familiale pétulante. Une plongée tantôt désordonnée, tantôt fiévreuse, dans l’univers d’un cinéaste tout aussi sibyllin.
S.H.

Carnage chez les Puppets *
Cette parodie de film noir, mettant en scène un duo improbable composé d’une femme et d’une marionnette, peine à tirer profit de son univers décalé, et se perd entre un humour parfois graveleux et un scénario rempli de références éculées.
F.B-P.

Climax ***
Gaspar Noé revient pour faire pire et mieux qu’avant : Climax est un cauchemar carnavalesque formellement brûlant, au mauvais esprit goguenard. Les thuriféraires crieront au génie, les autres au blasphème – comme toujours avec Noé ; la vérité se trouve entre les deux.
C.D.

Fortuna **
Éthiopienne et catholique, Fortuna, 14 ans, vit réfugiée dans une abbaye des Alpes suisses. Son amour pour Kabir, son rêve de revoir ses parents et la réalité des temps vont l’obliger à faire des choix. Sur un thème actuel, un questionnement original et puissant.
G.To.

Leave No Trace ***
Bien qu’ils aient choisi de vivre à l’os de la nature, un vétéran d’Irak et sa fille sont socialisés contre leur gré. Ce beau film d’émancipation d’une adolescente fait aussi la description du combat où l’individu s’oppose au groupe, et de ce qu’il en coûte.
R.H.

La Nonne *
Un prêtre exorciste et une novice enquêtent sur un démon qui hanterait un couvent roumain.. L’ordinaire de l’épouvante post-Blumhouse (jump scares, sound design agressif et bimbeloteries chrétiennes), émaillé toutefois de quelques trouvailles morbides d’un bel effet.
T.F.

Plongeons ! ***
Dans ce programme de six courts métrages, les protagonistes font face à la même situation : se jeter à l’eau, au sens propre et/ou figuré. L’idée est qu’ils surmontent leurs peurs, s’affirment et grandissent. Une réussite quasiment intégrale.
M.Du.

Le Poulain **
Le premier long métrage du dessinateur Mathieu Sapin (@Gérard) manque encore un peu de lâcher-prise mais il a de la personnalité. Le casting est au diapason pour composer ce vaudeville politique bigarré, en plein cœur d’une campagne présidentielle.
C.B.

Vaurien °
À bout de nerfs, un chômeur en fin de droits prend en otage employés et usagers d’un pôle emploi. Le premier film de Mehdi Senoussi, s’il s’efforce d’évoquer un pays au bord de la rupture, souffre de son écriture épaisse et se fourvoie dans un dénouement indigent.
T.F.

Volubilis **
Le nouveau film du réalisateur marocain Faouzi Bensaïdi nous emmène à Meknès, où deux jeunes mariés essaient de sortir de leur condition misérable. Si le récit réserve quelques belles séquences, il manque de subtilité et sa morale est très attendue.
M.Q.