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Les sorties du 12 septembre 2018

Le film de la semaine

 

Thunder Road de Jim Cummings ****

À la mort de sa mère, un policier en uniforme d’Austin part en dérapages psychologiques incontrôlés. Ce premier long métrage d’un jeune acteur américain met en œuvre, outre une étonnante performance d’acteur, une épatante vision de la folie ordinaire.

Ce qui frappe l’esprit au fur et à mesure que se déploie Thunder Road, c’est qu’à l’exception de Jimmy, le protagoniste, jeune policier et père d’une enfant, c’est que les autres personnages sont moins des personnages justement – d’ex-femme, de collègues, d’interlocuteurs momentanés… – que des spectateurs. Lesquels forment un public voué à rester hors champ pour assister à la dégringolade psychique de celui-ci. Comme si Jim était un cinéma ambulant à lui tout seul, un spectacle permanent dont ils pouvaient rire, pleurer, s’indigner des propos, s’inquiéter des raptus. Ce qui finit par donner le sentiment que le film anticipe et prend en charge la palette d’émotions qu’est susceptible d’éprouver son propre public. C’est dire combien Jimmy/Jim Cummings est un homme seul. Seul par exemple, sur l’estrade comme dans le plan, aux funérailles de sa mère, où il prononce un éloge funèbre délirant avant d’essayer, en vain, de diffuser, grâce à un radiocassette rose-bonbon, la chanson éponyme de Bruce Springsteen qu’aimait la défunte et de se lancer dans une gesticulation censée être une danse. Ou quand il sort de sa voiture de service – et du plan qu’il partage avec son coéquipier – pour arrêter un contrevenant. Submergé par ses émotions, sans plus de sur-moi, Jim dit, et fait, ce qui lui passe par la tête au moment que ça lui vient à l’esprit. Au risque de perdre la garde de sa fille, sa maison, la confiance de ses collègues, son job… Finalement, si la performance d’acteur que la mise en scène semble exclusivement destinée à mettre en scène peut lasser, ce premier opus n’en demeure pas moins un grand film sur la folie ordinaire arrimé à la certitude que nos émotions sont dangereuses et toujours susceptibles de dynamiter notre illusoire équilibre. Dont acte !
R.H.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Les Déguns °
Karim et Nordine, deux losers marseillais, cambriolent une maison et volent notamment un mystérieux CD. Envoyés en camp de redressement, ils sont bientôt poursuivis par des bandits. Un film d’un crétinisme supérieur qui amusera les uns et consternera les autres.
G.R.

Dovlatov **
Six jours dans la vie de Sergueï Dovlatov, grand écrivain russe du XXe siècle. La mise en scène raffinée d’Alexey Guerman Jr. et le jeu tout en finesse de Milan Maric rendent un bel hommage aux artistes opprimés d’URSS. Un “biopic” singulier et plutôt réussi.
G.R.

J’ai perdu Albert °
Cette “comédie” de possession, pataude et mortellement fastidieuse, s’applique à saboter tout ce qui pourrait donner corps à son récit exsangue. Un véritable supplice de la goutte cinématographique – et en plus, c’est Stéphane Plaza qui tient le robinet.
C.D.

Mademoiselle de Joncquières ***
Le meilleur film d’Emmanuel Mouret qui, en arrêtant d’exhiber un désir de maîtrise, libère sa mise en scène de son ancien “puritanisme” formel. Il réussit ainsi à nous faire partager son plaisir sensuel d’écouter parler les autres (ses personnages).
P.F.

Ma fille **
Naidra Ayadi signe un premier long métrage sombre sur les difficiles relations parents/enfants, tout en composant une errance visuelle et psychologique dans les bas-fonds parisiens. En provincial pudique et opiniâtre, Roschdy Zem est parfait.
M.Q.

Okko et les fantômes ***
Suite à la mort accidentelle de ses parents, Okko devient apprentie aubergiste chez sa grand-mère. Grâce à la présence de deux fantômes liés à son entourage et à un diablotin, elle va faire son deuil et grandir. Un conte initiatique magnifique et apaisant.
G.To.

Le Pape François **
Film de commande nourri d’archives vaticanes, destiné à faire connaître au monde la personnalité et l’action du pape François, inspiré par la visionnaire spiritualité franciscaine, ce portrait, signé par un Wim Wenders en mode thuriféraire, ne convainc qu’en partie.
M.D.

Peppermint **
Suite au meurtre de son mari et de sa fille, Riley North entend bien se venger de leurs assassins et des brebis galeuses qui les ont laissés en liberté. Pierre Morel signe un film de vengeance bien mené mais peu original, porté par la divine Jennifer Garner.
G.R.

Première année **
Antoine et Benjamin s’allient durant le difficile parcours que leur impose la première année de médecine. Thomas Lilti clôt sa “trilogie médicale” avec un film à la forme étonnament scolaire, porté par un duo de jeunes acteurs qui lui insuffle un charme indéniable.
A.L.

Le Quatuor à cornes ***
Trois petis films d’animation avec la pipelette Aglaé, l’insouciante Rosine, la peureuse Clarisse et la coquette Marguerite. Un quatuor de personnalités “vachement” amies quelles que soient les circonstances pour un triptyque drôle et plein de tendresse !
G.To.

Searching *
Après la disparition de sa fille, un père veuf mène l’enquête en explorant l’ordinateur de cette dernière. Cette traque numérique, dont le récit se déroule exclusivement sur des écrans, gâche son potentiel dans une dernière partie absurde et grandiloquente.
S.H.

Le Temps des forêts ***
Sans efforts de mise en scène, ce documentaire réussit parfaitement son objectif : expliquer comment et pourquoi la forêt française, sa faune et sa flore, sont en train de disparaître au profit de plantations de sapins stériles, avec la complicité de l’ONF. Édifiant.
M.Q.