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France, 1971 Sortie DVD de "L'Albatros" de Jean-Pierre Mocky

C’est dans le climat encore agité et incertain de l’après-68 que Mocky tourne L’Albatros, comme Solo quelques mois plus tôt. Le cinéaste lui-même, dans l’interview-bonus proposée ici, fait de ces titres les deux premières bornes d’une trilogie politique achevée en 1979 avec Le Piège à cons. Allure de film noir, présence du réalisateur devant la caméra pour tenir le rôle principal, sensation d’urgence, voile de pessimisme… Solo et L’Albatros ont beaucoup en commun et se partagent des qualités qui en font les meilleurs ou en tout cas deux des meilleurs films de leur auteur.

Jeté dans le vif du sujet dès les premières images par les sirènes hurlantes, les sifflets stridents et les lumières aveuglantes trouant une nuit alsacienne et humide, le spectateur assiste à une évasion, puis, le temps que la caméra rattrape véritablement le fugitif, à une cavale. Mocky a donné à L’Albatros un rythme haletant et l’a habillé à l’Américaine, en noir. Logiquement fait de déplacements et de points de tension, son film est haché menu par un montage qui propulse, violent comme l’histoire qu’il raconte et l’époque qu’il dépeint. Un montage qui fait se heurter clairement un visage d’évadé à un fusil mitrailleur de flic.

L’histoire de ce Stef Tassel, cherchant à filer en RFA après avoir été incarcéré pour un meurtre de policier alors qu’il ne faisait que s’en défendre, est apparemment née d’une recherche documentaire mais elle renvoie dans son développement au romantisme tragique des années 30, celui qui promettait aux héros cabossés et oppressés par la société un funeste destin. Mocky ne triche pas et assume ce choix, ce qui fait la beauté et l’intensité de son film.

Celui-ci touche par ce côté direct mais également par son désespoir prégnant, par la vision qu’il impose, résolument pessimiste, de son environnement : la France de 1971. Avec talent, la description de la cavale de Tassel est nouée à une intrigue politicienne peu reluisante, le fugitif embarquant contre son gré une fille de conseiller en pleine campagne électorale. Le petit peuple débrouillard des comédies précédentes devient une populace n’ayant rien d’aimable. Les commerçants sont sur la défensive, les flics sont aussi pourris que les politiciens, les badauds sont attirés par le sordide sensationnel… Dans ce pays vu par les yeux d’un homme ayant perdu toutes ses illusions, les signes d’espoir sont infimes : une femme peut-être, un ami fidèle, des gamins immigrés, une jeune fille au bal… Et encore, cette dernière n’est-elle pas une sorte d’ange exterminateur ?

L’ambiance n’a donc rien de détendu. À quelques reprises, elle menace même de verser dans la pure horreur et la violence la plus dérangeante. Entre plusieurs thèmes abordés dans ce film rapide, celui du viol, par exemple, n’est pas pris avec des pincettes. Souvent rude, toujours rageur, L’Albatros montre avec force que non, en France, ce n’était pas forcément mieux avant.

 

L’Albatros
de Jean-Pierre Mocky

Avec Jean-Pierre Mocky, Marion Game, Paul Muller, André Le Gall, René-Jean Chauffard, Francis Terzian, Marcel Pérès

France, 1971.
Durée : 90 min.
Sortie cinéma : 8 septembre 1971.
Sortie du DVD : 19 juin 2018.
Format : 1.66:1 – 16/9 – Couleurs.
Langue : français.
Éditeur : ESC.

Bonus :
Entretien avec Jean-Pierre Mocky par Linda Tahir