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Les sorties du 8 août 2018

Le film de la semaine

 

Le Poirier sauvage de Nuri Bilge Ceylan ****

Nuri Bilge Ceylan signe, avec ce roman d’apprentissage ample et inspiré, un film d’une cruauté déchirante.

Pour nourrir le projet, et prétendre à l’évidence d’un roman d’apprentissage (retour dans une province honnie, dissipation des espérances de la jeunesse et des ambitions littéraires, considérations pécunières et endettement : le Balzac des Illusions perdues n’est jamais très loin), les 3h07 du Poirier sauvage passent comme un charme. Sinan, fraîchement diplômé à Istanbul, revient dans son village natal. Il s’apprête à passer le concours d’enseignant, espère faire éditer son premier livre et renoue avec sa famille, son père en premier lieu, qu’il méprise. Très tôt, une scène donne le la du film. Une cigarette partagée, un baiser ponctué d’une morsure – entre Sinan et une ancienne camarade –, scelleront le sort de ces deux-là, l’expérience – aspirations déçues presque sitôt conçues – qu’ils auront, sous peu, en partage : le baiser sera sans suite, la morsure longue à éprouver ; in fine, tout sera passé par pertes. C’est que Sinan nourrit une rancœur qu’il ignore, ou pressent peut-être bien, devoir se retourner bientôt contre lui-même : la déchéance de son père, la médiocrité supposée des gens du cru, se trouveront faire écho aux siennes. À l’ampleur du film, tout entière dans son récit au long cours, se joint la science d’une mise en scène articulant déambulations dans l’espace et le discours, et qui, une séquence exceptée – une conversation théologique avec deux imams –, échappe à la performance. À la fin, père et fils se reconnaissent comme étant d’une même lignée, d’une même condition humaine a fortiori ; l’un revoit le jeune homme intrépide qu’il était, l’autre entrevoit ce qui l’attend. Au moins la désillusion peut-elle être partagée. Au moins le livre de Sinan a-t-il trouvé destinataire ; au moins s’est-il trouvé un père et un lecteur.
Thomas Fouet.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

L’Âge d’or des ciné-clubs **
Un scénario très bien écrit, des acteurs excellents, une mise en scène maîtrisée : une réussite.
C.D.

Darkest Minds **
Cette adaptation d’une saga best-seller reprend sagement les codes du “young adult” sans parvenir, une seule à fois, à les transcender.
S.H.

Détective Dee : La légende des rois célestes ***
Un film virevoltant, un peu confus mais visuellement impressionnant.
G.R.

L’Espion qui m’a larguée **
Susanna Fogler, qui a fait ses armes dans des séries girly, signe une bonne comédie d’action taillée pour le succès. Rafraîchissant.
M.Q.

Mary Shelley ****
Quoique de facture un peu classique, ce travail de conviction redonne à M. Shelley, auteur de Frankenstein, toute la densité complexe de sa personnalité en un temps où les femmes n’étaient pas tenues d’en faire preuve. Intéressant et singulier.
N.Z.

Under the Silver Lake ***
On se perd avec curiosité dans un dédale envoûtant d’énigmes et de coïncidences, qui tient autant de l’hommage au film noir que de l’évocation cinglante du pouvoir de la pop culture.
Mi.G.