Rechercher du contenu

Les sorties du 29 août 2018

Le film de la semaine

 

Burning, de Lee Chang-dong ****

Une jeune fille disparaît. Le garçon qui s’en est épris part à sa recherche en épiant l’homme riche et intrigant qu’elle lui avait préféré. Cette œuvre majeure de Lee Chang-dong, injustement écartée du dernier palmarès cannois, reste un film absolument fascinant.

Jongsu, coursier candide, croise Haemi, jeune fille émouvante à en crever, qui affirme le reconnaître et se donne à lui avant de lui demander de nourrir son chat au cours de son imminent séjour en Afrique. À son retour, elle le retrouve pour s’en éloigner aussitôt, revenue avec Ben, jeune homme fortuné jusqu’au dédain – le pôle contraire de Jongsu dans la constellation sociale. Et de disparaître du paysage aussi prestement qu’elle était apparue, à l’image d’un système solaire détraqué où, contre toute attente, ce qu’on s’était figuré être désormais le satellite indissociable d’une planète se volatiliserait tout d’un coup, sans autre explication. C’est dire combien Lee Chang-dong se montre indifférent à l’idée de fournir un éclaircissement à cette disparition. Aussi troublé que le spectateur, également privé de son objet de désir, Jongsu se met à filer Ben qui semble ne plus la fréquenter non plus, lequel finira par lâcher que sa jouissance consiste essentiellement à incendier les serres en plastique dont est désormais parsemée la campagne coréenne. Il en résulte un film-enquête où se brouille magistralement la frontière entre l’inquiétude de Jongsu quant au sort d’Haemi et la fascination, mêlée de violence sociale et de mépris (réciproque), que lui inspire le personnage énigmatique de Ben. D’une insigne virtuosité, Burning – Jongsu aussi bien, qui le porte en totalité sur les épaules – passera désormais l’essentiel de son temps – 2h30 tout de même ! – à traquer les éléments de sa propre fiction : entre autres, un chat à nourrir qu’on ne verra jamais, et pas davantage les serres que Ben prend plaisir à embraser. Perdant magnifique du palmarès cannois, Burning n’en faisait pas moins figure du plus remarquable des films de cette édition.
Roland Hélié.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Bonhomme **
À travers le récit d’un couple de jeunes gens face au handicap, Marion Vernoux traite du climat social d’une époque assez peu bienveillante avec sa jeunesse et saisit leur singularité débrouillarde avec une grande finesse.
Ch.R.

Braqueurs d’élite °
Cette nouvelle mixture bessonienne, à mi-chemin entre Call of Duty et le film de braquage, se pense “cool” mais n’est jamais plus qu’un ramassis de poncifs ringards, où des pilleurs teubés se fantasment en Robin des Bois et Petit Jean de l’extrême.
C.Lê.

De chaque instant ***
Tourné dans un Institut de formation en soins infirmiers, le nouveau documentaire de Nicolas Philibert retrace le parcours intense des apprenti(e)s, confronté(e)s à la réalité du métier. Riche de subtilités, un portrait collectif tour à tour drôle et émouvant.
S.H.

Guy **
Endossant ses rides et ses cheveux blancs, Alex Lutz devient Guy Jamet, un vieux crooner qu’il joue et filme avec justesse. Parfois bancal, le film réussit son pari principal : décomposer un cliché et lui redonner forme humaine.
N.M.

Il ou elle **
J., ne sachant s’il se sent fille ou garçon, bénéficie d’un traitement bloquant sa puberté. Arrive pourtant le jour de prendre une décision. Formellement réussi, ce film, hélas trop allusif, ne creuse pas assez son sujet et se perd en d’inutiles digressions.
G.R.

Miracle à Santa Anna *
Le meurtre d’un immigré italien replonge son assassin dans son passé, en pleine Seconde Guerre mondiale. Malgré sa mise en scène impeccable, Miracle à Santa Anna est alourdi par une temporalité confuse.
A.Jo.

Reine d’un été *
Pour les vacances d’été, Léa, 10 ans, erre dans son petit village de campagne. Elle aimerait intégrer la bande des garçons. Pour cela, elle va devoir faire ses preuves… et grandir. Un très joli premier film, d’une absolue justesse sur le passage à la pré-adolescence.
I.B.

Sauvage **
Puissant, romanesque et ambitieux dans sa ténacité, Sauvage ne pâtit finalement que de son système, fait de blocs elliptiques diversement inspirés, qui confère une arythmie certaine à l’ensemble, aussi sidérante par instants, qu’exsangue par d’autres.
C.D.

Sollers Point **
Keith, un ex-délinquant assigné à résidence, peine à reprendre le cours de sa vie dans sa ville de Baltimore, défigurée par la crise. Cet étonnant portrait d’une jeunesse marginalisée assume le parti pris d’une sobriété tantôt honnête, tantôt exacerbée.
S.H.