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Les sorties du 22 août 2018

Le film de la semaine

 

BlackKkKlansman, de Spike Lee **

Déterminé à être enquêteur, Ron, un policier noir, essaie d’infiltrer le Ku Klux Klan avec l’aide d’un de ses collègues blanc. Quintessence du cinéma de Spike Lee, BlacKkKlansman jette, avec humour et irrévérence, des ponts entre Amérique passée et présente.

Près de trois décennies que Spike Lee n’avait pas présenté de films en compétition à Cannes. C’était en 1989, avec Do the Right Thing. Et c’est donc avec BlacKkKlansman que le réalisateur de Malcom X et Summer of Sam est revenu imprégner les écrans cannois de sa colère intacte et de son humour. Basé sur l’histoire vraie d’un policier afro-américain qui a réussi a infiltré le Ku Klux Klan dans les années 1970, ce 28e long métrage est un pur concentré du cinéma de Lee. Lequel n’hésite pas d’ailleurs à le faire savoir dès l’ouverture en traduisant la traditionnelle mention d’adaptation en argot afro-américain. Le récit, déjà improbable en lui-même, ne pouvait pas trouver meilleur cinéaste pour lui insuffler une force de frappe, une touche de folie et d’irrévérence supplémentaires. Lee dresse le portrait de membres du Ku Klux Klan, en les tournant en ridicule, en en faisant des bouffons et des idiots finis, mais en se gardant bien d’amoindrir ou de faire oublier leur dangerosité, la toxicité de leur discours ou leurs tentatives de se racheter une image. Face à ce film sur le fil, les rires se font aussi francs que nerveux, empreints de gêne. Ancré dans les seventies, BlaKkKlansman ne cesse de dialoguer et d’établir des parallèles avec le présent. Jusqu’à reprendre presque mot pour mot les slogans d’un certain chef d’État au teint orangé. Les références sont grossies à l’envi, mais BlacKkKlansman est un film qui fait douloureusement écho aux revendications du mouvement Black Lives Matter, le tout à la sauce Spike Lee. Ultime coup de poing et avertissement, la succession d’extraits rappelant les incidents et violences policières qui ont endeuillés la population noire des États-Unis, conclusion peut-être un peu facile, mais pas moins éloquente

Aude Jouanne

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Belle **

Une petite fille coquette est traitée de laide par un nouveau garçon, qui s’intègre mal aux enfants du quartier. Ça la retourne. En mariant naturel du cinéma néoréaliste et artificialité de la bande-son post-synchronisée, ce film lituanien de 1969 frise le ridicule.

P.F.

Caniba **

Comment raconter Issei Sagawa, le cannibale de la Sorbonne ? Paravel et Castaing-Taylor ont choisi la voie la plus tristement attendue, celle du choc frontal avec l’Horreur. Le chemin est un peu facile, complaisant discursivement et manque clairement de texture.

C.D.

O Grande circo mistico *

De sa création, au début du XX e siècle, jusqu’à aujourd’hui, un cirque tenu par une même famille a connu la grandeur puis la décadence. Le nouveau long métrage surréaliste de Carlos Diegues laisse de marbre, malgré son rythme et ses couleurs pimpantes.

V.V.

The Last of Us *

Opaque et poseur, The Last of Us ne parvient que par bribes à rendre féconde la torpeur abstruse qui caractérise ce film d’errance un rien misanthrope. Dommage, d’autant que l’on sent poindre une réelle acuité artistique et discursive sous cet amas égrotant.

C.D.

Lukas **

Lukas, videur de boîte de nuit, se retrouve impliqué malgré lui dans une affaire de banditisme. Bien filmée, efficace, cette honnête série B permet à Van Damme de montrer l’étendue de son talent d’acteur. Fatigué, tragique, il est excellent. God bless JCVD.

G.R.

Silent Voice *

Une élève sourde est harcelée par un de ses camarades, qui passera la suite de leur adolescence à rechercher son pardon. Adapté d’un manga à succès, un pur mélo qui empile les clichés romantiques avec une sincérité désarmante. À réserver aux cœurs tendres.

C.L.

Les Vieux fourneaux *

Adaptation très fidèle de la BD de Lupano et Cauuet, le film peine à en retranscrire la verve comique, malgré un casting principal impeccable (Richard, Mitchell et Giraud) confirmant l’adage : c’est dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleures soupes.

M.Q.