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Entretien avec Nicolas Duvauchelle et Ana Girardot Pour la sortie du film Bonhomme de Marion Vernoux

Pour le nouveau film de Marion Vernoux, Nicolas Duvauchelle et Ana Girardot interprètent un jeune couple, Piotr et Marilyn. Leur vie classique bascule en quelque chose de moins anodin le jour où Piotr, lors d’un accident de voiture, subit un choc frontal. Il devient traumatisé crânien et la vie de tous les jours est alors à réinventer, à adapter plutôt. Rencontre avec deux comédiens qui ont donné une formidable incarnation à ces déséquilibres de vie, tout en collant parfaitement au ton du film apporté par la réalisatrice.

 

Comment avez-vous préparé vos rôles ?

Nicolas Duvauchelle : Je suis allé rencontré des professeurs, des traumas crâniens, puis des cérébraux lésés. J’ai rencontré des gens d’un association d’une trentaine de personnes qui depuis 10-15 ans s’occupent de cérébraux lésés, et c’est avec eux que j’ai construit le personnage, et avec Marion [Vernoux], en faisant des répétitions. C’est parti de là. J’ai mis longtemps avant de dire oui.

 

Le rôle est un défi.

ND : Oui ! J’ai eu peur, forcément. Je ne voulais pas faire Rain Man, je ne voulais pas faire Forrest Gump non plus. Les Américains ont fait ça très bien, et même s’il y a des similitudes, ce n’est pas la même chose. Ici, c’est physique, c’est le lobe frontal qui est touché. J’avais peur de me confronter à ça, et Marion m’a rassuré, on est partis un jour rencontrer des gens, et ça a commencé comme ça, deux mois et demi avant le tournage. C’est du gros boulot. Des gens sont venus nous voir à la fin de la projection que nous avons faites en mars, il y avait des cérébraux lésés, des gens de l’association. Ils ont pleuré et m’ont dit que c’était exactement ça.
Ana Girardot : C’est le meilleur des compliments.

 

On parle de “handicap invisible” mais il se voit tout de même.

ND : C’est une évolution. Il y a la façon de marcher, les gens peuvent se dire que sa façon de marcher est un peu bizarre, on hésite, c’est pas comme s’il manquait une jambe ou un bras, ou s’il était aveugle. On se dit juste qu’il est bizarre en se demandant ce qu’il a.

 

Vous êtes un acteur assez physique dans tous vos rôles, et là encore, on a cet aspect qui est travaillé.

ND : Là il fallait trouver quelque chose de crédible, j’étais avec un coach tout le temps, qui était sur le plateau pour les scènes difficiles. IL était là comme référent pour me dire si j’en faisais trop ou pas assez. C’est toujours dur de tenir un même état pendant une heure et demie… et puis le personnage passe par plusieurs phases, le début, la rémission, quand il commence à aller mieux…

 

 

Ana, votre rôle à vous est très fort aussi. Marion Vernoux me disait qu’on ne savait pas pourquoi elle faisait tout ça. De mon côté, je ne me suis pas posée la question, ça me semblait naturel.

AG : C’est plus simple de ne pas se poser la question. Je crois qu’il y a quelque chose qui naît en elle avec cet accident, qui n’était pas là avant. Dans leur communication de couple, avant c’était elle qui n’était pas comprise. C’était elle dont il s’occupait, elle qui était un peu l’enfant. Du coup la dépendance s’inverse et elle en profite pour exister, pour devenir une autre femme. Même dans son travail elle va complètement changer de point de vue, d’ambition. C’est un personnage qui va trouver un sens à sa vie.
ND : Elle ne prend pas cette décision, c’est quelque chose qui lui arrive et elle se révèle… comme avec les épreuves de la vie, qui nous font nous révéler. C’est un rôle de femme super fort. Je trouve très intéressant le fait d’inverser les rapports homme/femme. Et, toute la bienveillance dont a fait preuve Ana sur le tournage m’a fait tellement de bien… J’ai de nombreuses scènes avec elle, le regard qu’elle avait sur moi m’a vraiment aidé.

 

On n’a pas l’habitude de voir ce genre de rôle pour une actrice, à la fois drôle, dans une situation qui ne l’est pas, à la fois baby-sitter, mais assez rock’n’roll aussi…

AG : C’est exactement comme ça que je l’ai vue à la lecture du scénario. J’ai vu une opportunité d’aller quelque part où je n’étais jamais allée, et c’était presque inespéré. Dans le cinéma on aime bien mettre des acteurs dans des cases, et plus les années passent, plus c’est compliqué d’en sortir. Et là, en plus l’année de mes trente ans, je me suis dit que c’était bien de changer de registre. Il y a un côté un peu clownesque dans le personnage de Marilyn. Et puis “Marilyn”, sa mère l’a appelé Marilyn ! Dans le cabinet d’esthéticienne de sa mère, il y a Marilyn Monroe partout ! La vie de cette fille se retrouve complètement bouleversée. Soit elle s’apitoie sur son sort, soit elle le laisse se débrouiller, soit elle prend le truc à bras le corps. Et c’est un peu ce qui s’est passé de mon côté. Je suis arrivée tard sur le projet, et soit je laissais Marion et Nicolas dans une situation problématique, soit je reprenais le rôle à bras le corps !
ND : Soit on ne le faisait pas… !
AG : Il y a un moment où je prends ses fringues dans le film : pull, jogging… il y a une scène coupée où Piotr dit : “@c’est elle le bonhomme”. Les rôles se sont vraiment inversés.
ND : Et le ton qu’a employé Marion, entre comédie et drame, j’aime beaucoup, c’est très vivant. Comme dans la vie, ce n’est pas que tout blanc ou tout noir.
AG : C’est comme la vie !