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Les sorties du 4 juillet 2018

Le film de la semaine

 

Les Quatre sœurs de Claude Lanzmann ****

Quatre rescapées de la Shoah, rendues “sœurs” par leurs destinées, quatre témoignages magistralement guidés et filmés par Claude Lanzmann, issus des dizaines d’heures tournées et non retenues pour Shoah. 274 minutes vraies, pudiques et poignantes, essentielles.

Pour préparer Shoah (1985), monument magistral qu’il consacra à l’extermination des Juifs d’Europe par les nazis et leurs complices, Claude Lanzmann filma durant onze ans quelque 350 heures de documents. Parmi elles, des pépites qu’il a pris depuis l’heureuse décision de nous livrer comme Le Dernier des injustes (2013) et les quatre films qui constituent ces Quatre sœurs. Cette fois, pas d’incises contemporaine éclairant les documents : le montage se suffit à lui-même, Lanzmann, discret et essentiel, suscitant et stimulant les témoignages de quatre survivantes du Génocide (disparues depuis). Ruth Elias (Le Serment d’Hippocrate), Tchèque, fut déportée avec sa famille à Terezin en avril 1943. Jeune mariée, enceinte, une angine et l’intervention d’un médecin lui évitèrent un convoi fatal pour Auschwitz. Elle y fut peu après déportée : son bébé dut subir l’abjection du docteur Mengele qui voulait savoir combien de temps il pourrait vivre sans nourriture. Une femme-médecin elle aussi internée au camp, lui permit d’abréger les souffrances de l’enfant et la sauva. Rescapée, elle retrouva ce médecin en 1965, et elles devinrent amies. La Puce joyeuse s’ouvre sur les visages angéliques des poupées qu’habille Ada Lichtman. Contraste terrible avec les atrocités auxquelles elle fut confrontée dès 1939 à Wieliczka, évoquant aussi l’attitude infâme de nombreux Polonais. Son époux assiste à son témoignage avant d’y contribuer quelque peu. Déportée à Sobibor, dont elle fut l’une des rares survivantes après la révolte historique d’octobre 1943, elle y habillait aussi des poupées : “Des enfants allaient s’amuser avec les poupées d’enfants juifs morts”. Baluty était le ghetto-bidonville de Lodz où Paula Biren, “très profondément juive et très profondément polonaise”, souffrit, travailla (Rumkowski, le président du Judenrat, pensait amadouer les allemands en travaillant pour eux) avant d’être déportée à Auschwitz. Confrontée à son retour aux pogroms polonais de 1946, elle vécut ensuite aux États-Unis, avec le “sentiment d’avoir été bannie de Pologne d’abord par les Allemands puis par les Polonais”. Dans L’Arche de Noé enfin, Hanna Marton évoque le sort des Juifs hongrois. Son mari fut envoyé sur le front de l’Est où les Juifs servaient de détecteurs de mines vivants. Il survécut. Puis tous deux firent partie des 1684 Juifs sauvés par le “convoi Kastner” (auquel G. Ross consacra en 2012 un documentaire, Le Juif qui négocia avec les nazis). “Quand tous ceux que j’ai connus ont disparu, c’est tellement fou que ce doit être moi l’erreur”. Le programme s’ouvre sur l’accordéon de Ruth et l’une des chansons tristement gaie des chansonniers tchèques Voskovec et Werich. Il se clôt sur le visage en larmes de Hanna. C’est tout simplement beau ! La force de l’art de Claude Lanzmann tient aussi dans son sens aigu du portrait, l’osmose entre les personnes qu’il filme et aime et sa sensibilité d’homme et de cinéaste. On ne peut que suivre Arnaud Depleschin lorsqu’il admire son “art du gros plan” et souligne que sa caméra “sert avant tout à filmer des visages. Et quand la voix nous arrive, la pure présence a lieu”.
Ch.B.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

À la dérive *
1983 : le bateau de Tami et Richard chavire au milieu du Pacifique. Survival routinier, émaillé de flash-backs dispensables, le nouveau de Baltasar Kormákur (@Survivre, @Everest) tient lieu de simple faire-valoir à son interprète principale, Shailene Woodley.
T.F.

American Nightmare 4 *
Reprenant l’argument des trois premiers films de la franchise – l’immunité pour tout délit commis dans un délai de 24 heures -, le quatrième volet tente une incursion chez Wes Craven mais se fait vite rattraper par sa lourdeur et son indigence. Dommage.
R.T.

Au poste ! ***
Quentin Dupieux enlève quelques strates d’étrangetés à son art, et délivre un polar déflationniste hilarant, vif et indolent, dont le caractère franchouillard assumé en fait à coup sûr une œuvre matricielle de son créateur.
C.D.

Le Dossier Mona Lina **
Hambourg : agent du Mossad, Naomi doit protéger, avant son exfiltration au Canada, la Libanaise Mona, qui leur a donné des infos sur le Hezbollah. Peu à peu, elles vont s’apprivoiser. Mais le Hezbollah veille… Un polar au scénario redoutablement pervers.
G.To.

L’Île au trésor ***
Un été sur une île de loisirs en région parisienne. Terrain d’aventures, de drague et de transgression pour les uns, lieu de refuge et d’évasion pour les autres. Une plongée touchante et sincère au royaume de l’enfance en résonance avec les tumultes du monde.
M.T.

Les Indestructibles 2 ***
À travers un scénario assez conventionnel, en dépit de sa volonté de moderniser son propos et ses enjeux, Brad Bird applique la même recette et renoue avec l’esprit qui avait fait la réussite du premier opus, un cocktail entraînant de fun, d’action et d’humour.
R.T.

Joueurs ***
À Paris, Ella rencontre Abel. Il l’initie aux codes des cercles de jeux clandestins. Pour son premier film, Marie Monge prend des risques en se confrontant au genre à la française. Ne croulant pas sous le poids des références, elle le fait avec fraîcheur et efficacité.
S.G.

Mes frères *
Accaparé par son impérieux désir d’échapper à toute pulsion cynique, ce drame familial régional s’empêche de vivre librement et, par trop de volonté de maîtrise, ne suscite, malgré sa filn mieux réussie, que de mous sentiments, et une fade déception.
C.D.

Tamara Vol. 2
Chronique à venir

Trois contes de Borges **
Cette adaptation de trois nouvelles de Jorge Luis Borges vise à explorer, sous un angle parfois théorique, la mise en image de la langue sous diverses formes. Si des passages restent un peu scolaires, l’engagement et la réussite globale du projet sont indéniables.
J-A.M.

Woman at War **
L’activisme écologique en Islande prend les traits d’une quadragénaire apparemment tranquille mais entraînée comme Jason Bourne pour faire sauter les pylonves qui détruisent notre planète. C’est un peu invraisemblable, mais drôle et stimulant !
Ch.R.