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Les sorties du 25 juillet 2018

Le film de la semaine

 

La Saison du diable de Lav Diaz ***

Tragédie hantée par les fantômes des victimes de la loi martiale instaurée par Ferdinand Marcos, le nouveau film de Lav Diaz est une œuvre âpre dans sa forme comme sur le fond, sorte de rêve fascinant et délirant comme les légendes de la forêt philippine.

La question de la justice continue de hanter l’œuvre de Lav Diaz, qui, deux ans après avoir été récompensé à Venise, propose sur les écrans La Saison du diable, un drame sur le régime de Marcos, à la fin des années 1970. Si le film dure moins de quatre heures – c’est donc une œuvre “courte” pour le cinéaste coutumier de très longs formats – il est en revanche très radical dans sa forme. D’abord parce que, comme dans La Femme qui est partie, le réalisateur philippin choisit un noir et blanc très esthétique, et ensuite parce que les dialogues sont entièrement chantés, souvent répétés. L’histoire est d’ailleurs introduite par une narratrice qui est en premier lieu une chanteuse professionnelle. Ce parti pris confère à l’ensemble des airs de tragédie grecque et une certaine langueur, une torpeur, même, qui fait écho à celle qui enveloppe ce village perdu dans la jungle hanté autant par les souvenirs d’une tragédie – l’exécution de nombreux villageois, trois ans plus tôt – que par les figures du bestiaire mythologique philippin. La forêt est un endroit terrifiant et secret, une mère anthropophage. La Saison du diable est un long poème dans lequel s’étire la mise en scène envoûtante d’un cinéaste qui joue autant sur l’espace que sur le temps, laissant le spectateur moite, halluciné presque. L’horreur des événements conduira tous les personnages à la folie, celui d’Aling Maria d’abord, mi-femme mi-chouette, celui du chef des miliciens ensuite, une brute au village de serpent, et enfin le héros, Hugo Haniway, poète activiste qui finit par renoncer à la parole. Un cauchemar aux accents surréalistes qui confirme la place particulière de Lav Diaz dans le cinéma mondial.
M.Q.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Bajirao Mastani **
Le meilleur de Bollywood arrive sur les écrans avec ce conte épique servi par des décors et une mise en scène grandioses. On rit un peu des postures des acteurs et des tirades du héros, mais on finit par s’y attacher et, surtout, on en prend plein les mirettes.
M.Q.

C’est qui cette fille ? **
Après la mort de son mari, la vie de Gina, hôtesse de l’air américaine en escale à Paris, bascule lorsqu’elle rencontre Jérôme. Nathan Silver réalise une étude de caractères pop et déjantée, qui brouille les frontières entre thriller et drame romantique.
A.Jo.

The Charmer **
Jeune et charmant, Esmail travaille clandestinement au Danemark où il espère trouver une épouse pour obtenir son titre de séjour. Narrant les conflits intérieurs d’un expatrié, le premier film de Milad Alami brouille les pistes tout en sensibilité et noirceur.
S.H.

Contes de juillet ***
Présenté au festival de Locarno, ce programme de deux courts métrages sort peu de temps après L’Île au trésor, également réalisé par Guillaume Brac. Le cinéaste filme le quotidien sans le sublimer, tout en plaçant l’humain au centre de ses préoccupations.
A.L.

Hôtel Artemis **
Dans un futur proche, un hôtel très sélect’ permet aux criminels de se faire soigner dans l’anonymat. Un soir d’émeute, tout bascule. Cette friandise estivale, portée par un casting en grande forme, ne réinvente pas le genre mais joue habilement de son charme.
Mi.G.

Hôtel Transylvanie 3 **
Troisième épisode de la saga à succès de Genndy Tartakovsky. Les gags sont toujours là et les décors surprenants, mais dans cette ambiance ludique et colorée, les personnages principaux semblent essoufflés et sans marge d’évolution. La fin emporte le morceau.
M.Q.

Mamma Mia ! Here We Go Again
Chronique à venir

Roulez jeunesse *
Cette comédie sociale, comiquement exsangue et socialement inerte, échoue, par une volonté de maîtrise acharnée, à susciter les émotions promises, mais aussi à donner un rôle tragiquement ample au corps comique désormais un peu altéré d’Éric Judor.
C.D.

Une pluie sans fin ***
Ce magnifique polar chinois vaut moins pour son intrigue – au demeurant très intelligente – que pour l’atmosphère sombre, pessimiste même, que Dong Yue imprime à son récit. Cette pluie-là, on la laisserait bien nous tremper jusqu’aux os.
M.Q.

Vierges ***
Une adolescente, qui rêve de quitter la petite ville où elle s’étiole, s’éprend d’un journaliste et remue ciel et terre pour qu’il se passe enfin quelque chose. Une chronique mélancolique de l’adolescence enfiévrée, qui a autant de pêche que la gamine qu’il met en scène.
R.H.