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Les sorties du 11 juillet 2018

Le film de la semaine

 

Zama de Lucrecia Martel ***

Au XVIIe siècle, Don Diego de Zama, représentant du Roi dans le Gran Chaco, attend la lettre qui le mutera à Bueno Aires. Entre ennui et mépris du gouverneur, il commence à entremêler vie réelle et chimères. Un fascinant voyage fantastique.

Inspiré d’une nouvelle d’Antonio di Benedetto, ce quatrième long métrage de Lucrecia Marcel, financé à l’arrache, explore sublimement, au point d’en être la métonymie, la fantasmagorie née de l’attente, pourvoyeuse d’eldorados illusoires auxquels le “@Je dis non à vos espoirs” final de Zama aux soldats répond comme un cri de saine délivrance. En effet, à l’image des poissons-chats dorés luttant pour être acceptés du fleuve qui les rejette, tous les personnages tentent de survivre dans un environnement qui les néglige : fonctionnaires oubliés du Roi, Indiens massacrés ou asservis par les colons… Le village, dont les ouvertures subtilement cadrées renforcent la sensation de claustrophobie, s’oppose aux espaces dangereux du voyage qui se révélera dépuratif pour Zama. Engoncé dans son vain espoir et son ennui, il devra quitter un réel mortifère sous les apparences puis se faire mortifier par la réalité de ses chimères pour renaître à la vie entre deux Indiens, au milieu d’une nature apaisée, verdoyante et lumineuse. Avec deux moignons en risibles souvenirs du bras armé judiciaire et administratif royal qu’il fut. Entretemps, à l’instar du Zangra de la chanson de Jacques Brel, le reître Gaspar Toledo ne sera pas devenu le bandit de légende Vicuña Porto dont la mort l’aurait fait héros. Il aura tremblé au milieu d’indiens aveugles le rattrapant tel le remord de ses crimes passés. Et la fête des Mbayas aura, qui sait ?, préfiguré son chemin de Damas. On le devine, chacun trouvera matière à libérer ses mondes enfouis s’il accepte de se laisser porter par l’univers parfois surréaliste de ce film envoûtant. C’est le plus juste hommage à lui rendre.
G.To.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Christ(off)
Chronique à venir

Dark River **
Après Le Géant égoïste, Clio Barnard signe un drame social qui vaut moins pour son scénario, sans surprises et trop explicatif, que pour son atmopshère, celle des landes du Yorkshire qui avaient inspiré les sœurs Brontë et qui façonnent des personnages austères.
M.Q.

Dogman ***
Un aimable toiletteur pour chiens est pris à la gorge par un repris de justice qui terrorise son quartier. En s’inspirant d’un sinistre fait divers, Matteo Garrone interroge notre société contemporaine, s’appuyant sur la prestation vibrante de Marcello Fonte.
Mi.G.

L’École est finie
Chronique à venir

L’Empire de la perfection **
À partir des rushes de Gil de Kermadec, qui filma le tennisman John McEnroe cinq ans durant dans les années 1980, Julien Faraut réalise un documentaire à la fois ludique et un peu paresseux, mettant en abyme sport et cinéma, acteur et sportif.
L.R.

L’Envol de Ploé ***
Un jeune pluvier rate la migration de son groupe vers le sud et doit survivre seul en terre de glace. Cette production islando-belge de belle facture suit une trame initiatique classique, adapté aux petits, et n’élude pas les difficultés de la vie sauvage.
I.B.

Interrail
Chronique à venir

Moi et le Che *
1967. Un professeur mène l’enquête sur l’assassinat de Che Guevara… Échec patent pour le dernier-né de Patrice Gautier, qui n’avait plus réalisé de long métrage depuis 1985. Intrigue fumeuse, cadres immobiles, interprète en roue libre : une déception.
C.T.

Paranoïa ***
Victime de harcèlement, une jeune femme est enfermée contre son gré dans une clinique psychiatrique où elle croit voir son agresseur. Entièrement tournée à l’iPhone, une charge sociétale en forme de thriller psychologique expérimental : le grand retour de Soderbergh.
C.L.

Penché dans le vent ***
L’artiste britannique Andy Goldsworthy continue d’explorer son travail éphémère et permanent avec la nature. Dix-sept ans après Rivers and Tides, cette figure du “land art” retrouve Thomas Riedelsheimer dans un documentaire aussi personnel que passionnant.
S.H.

Skyscraper
C.Lê.

The Strange Ones ***
Échappant à un passé trouble, Nick et Sam sillonnent la campagne pour se réfugier dans un châlet au milieu d’une forêt. Privilégiant une narration fragmentée, The Strange Ones laisse libre cours à l’interprétation du spectateur, qui devra trouver ses propres repères.
V.V.