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« Glory » un film de Kristina Grozeva et Petar Valchanov 46e Festival International du Film de La Rochelle 2018

Ce film est programmé dans le cadre du focus découverte consacré au cinéma bulgare de la 46e édition du festival international du film de La Rochelle.

 

Tzanko Petrov, honnête cantonnier, découvre sur les voies de chemins de fer des billets de banque qu’il s’empresse de remettre à la police. Le ministère des Transports, entaché par des affaires de corruption, fait de Tzanko Petrov un héros populaire pour faire diversion dans les médias.

La verve tragi-comique de cette peinture politique de la cruauté humaine, entre Dino Risi et Ettore Scola, trouve une nouvelle expression dans le cinéma bulgare avec ce second long métrage (après The Lesson, 2014) réalisé par Kristina Grozeva et Petar Valchanov. Tout commence par la déambulation muette d’un homme trouvant sur le chemin de fer dont il est le gardien inlassable de la sécurité, où il a été confronté aux vols récurrents de fuel par ses collègues et tolérés par sa hiérarchie. Ceci se passe au moment où le ministère des Transports est confronté à diverses affaires mettant en avant son propre dysfonctionnement lorsqu’il s’agit pour lui de répondre à ses responsabilités vis-à-vis de ses concitoyens. Dans ce monde corrompu où l’élite politique méprise profondément les travailleurs en situation de profonde précarité économique, le propos vire très vite à la farce acide, où le sens de la comédie de l’absurde s’entrelace avec le drame du constat de délabrement total de tout un pays de la communauté européenne nommé Bulgarie. Les réalisateurs choisissent pour tirer la sonnette d’alarme de l’état de dégénérescence de l’organisation politique de suivre en parallèle deux personnages : la responsable surmenée de la communication du Ministre appelant la médecine à la rescousse pour pouvoir enfanter tandis qu’un simple et modeste cantonnier est utilisé sans vergogne comme un pion par l’élite de la communication qu’il s’agisse de celle du pouvoir comme celle de la presse à scandale. Le chemin de croix de Tsanko le cantonnier pourrait être celui de la Bulgarie même à travers le parcours de l’ensemble des Bulgares méprisés par leurs élites au pouvoir. La gloire du titre qui fait référence à la montre du personnage principal, évoque également l’idée warholienne que chacun dorénavant a droit à son heure de gloire. Or, ladite gloire est ici dans le film toujours entre les mains des partis au pouvoir, usant et corrompant à l’envi la probité de chacun d’où découle une société sans avenir à l’instar de cette femme qui tarde à enfanter, à croire en l’expression si simple et naturel de la vie. Rien de gratuit dans cette tragi-comédie aussi réussie dans l’interprétation des comédiens que dans le rythme du film, si l’on excepte quelques scènes un peu illustratrice visant à surcharger certains traits des personnages. Il n’en reste pas moins que le film dresse un message universel contre la corruption généralisée et le mépris discriminatoire entre les classes sociales. Un film sobre et efficace, parfait témoin d’une colère sociale qui continue à gronder aux quatre coins de l’Europe.

 

 

Glory
Slava
de Kristina Grozeva et Petar Valchanov
Avec : Margita Gosheva (Julia Staykova), Stefan Denolyubov (Tzanko Petrov), Kitodar Todorov (Valeri), Milko Lazarov (Kiril Kolev), Ivan Savov (le ministre Kanchev), Hristofor Nedkov (Porter), Mira Iskarova (Galya)
Bulgarie, Grèce – 2016.
Durée : 101 min