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Beatlemania Sortie Blu-ray/DVD de "Crazy Day" de Robert Zemeckis

Crazy Day est le premier long métrage, resté relativement méconnu, d’un réalisateur qui fut très vite habitué au succès public : Robert Zemeckis. En France, le film ne fut distribué qu’à l’été 1985, histoire de capitaliser sur le triomphe inattendu, un an auparavant, d’À la poursuite du diamant vert et de préparer la sortie alors imminente de Retour vers le futur. À l’époque de sa réalisation, en 1978, Zemeckis était à peine âgé de 26 ans mais se trouvait déjà placé sous l’aile protectrice de Steven Spielberg en executive producer.

Son film raconte l’histoire d’une petite bande de groupies du New Jersey quittant leur contrée pour tenter coûte que coûte d’approcher les Beatles, ceux-ci étant de passage à New York le 9 février 1964 pour participer au fameux Ed Sullivan Show qui allait faire pénétrer leurs chansons dans la plupart des foyers américains. Huit ans après la séparation du groupe, il était évidemment inenvisageable de faire apparaître à l’écran les quatre musiciens autrement que sur des images d’archives. Par conséquent, Crazy Day (au titre original plus proche de son sujet d’adoration : I wanna hold your hand) n’est pas un film sur les Beatles mais sur la beatlemania, vue du côté des fans.

Les quatre filles du New Jersey, accompagnées fortuitement par deux gars, vont-elles parvenir à croiser les Fab Four Paul, John, Ringo et George ? Tel est l’enjeu narratif, pour le moins léger. Il l’est d’autant plus que le mode choisi pour l’illustrer est celui de la comédie la plus débridée. Dans la folie ambiante imprégnant le séjour américain de nos géniaux anglais, les gags et les scènes d’hystérie se succèdent de manière très inégale. Si Zemeckis et son coscénariste Bob Gale prennent soin dès la première moitié de séparer les trajectoires pour dessiner ce portrait d’excité(e)s et de varier sensiblement les registres comiques en fonction des caractères, ils ne peuvent empêcher d’éprouver une sensation d’empilement un peu vain. Sensation accentuée par un fonctionnement par couples, soit dépareillés, soit en symbiose, soit en crise.

Le burlesque et l’extrême agitation font sourire mais peuvent lasser, comme l’approche du phénomène de l’idolâtrie paraître superficielle. Quelques bons gags atteignent leur but (la fille qui, s’étant faite marcher sur le pied au milieu de la foule impatiente, hurle de douleur et déclenche ainsi tous les autres cris de ses voisines, comme si l’un des Beatles était apparu en face d’elles) mais les thèmes de la célébrité, de la fabrication des vedettes, de l’amour irrationnel, du désordre provoqué par la musique et de la prise de pouvoir par la jeunesse ne sont qu’effleurés (même s’il est vrai que la british invasion qui débutait alors n’était pour les Américains qu’une deuxième vague, après la révolution rock’n’roll de Presley, d’ailleurs cité ici plusieurs fois, et des autres).

Grâce à l’un des personnages seulement, le film parvient à toucher. Avec celui de Pam, incarné par Nancy Allen, Zemeckis calme son jeu et saisit un peu mieux son sujet. En en faisant la première des quatre filles séparée des autres, elle qui était déjà en porte-à-faux, sinon en proie au doute, il peut enfin décrire de façon convaincante une relation déraisonnable entre une fan et son idole. La bascule s’effectue avec la meilleure scène du film : Pam, après avoir échappé au service de sécurité de l’hôtel, réalise soudain qu’elle se trouve dans la chambre désertée provisoirement par les Beatles, et commence alors à caresser et embrasser, très « sexuellement », le moindre objet potentiellement touché par eux tandis que monte sur la bande son leur irrésistible Love me do… Finalement, après visionnage de ce simple divertissement attestant du savoir-faire précoce de son réalisateur, ce qui reste en tête, c’est encore et toujours ces chansons : Twist and shout, Please Mister Postman, I want to hold your hand

 

Crazy Day
I wanna hold your hand
de Robert Zemeckis

Avec Nancy Allen, Bobby DiCicco, Marc McClure, Susan Kendall Newman, Theresa Saldana, Wendie Jo Sperber, Eddie Deezen, Christian Juttner, Will Jordan, Dick Miller

États-Unis, 1978.
Durée : 104 min.
Sortie cinéma (France) : 3 juillet 1985.
Sortie du DVD : 29 mai 2018.
Format : 1.85:1 – 16/9 – Couleurs.
Langue : anglais, français – Sous-titres : français.
Éditeur : ESC.

Bonus :
Histoire de « Crazy Day », par Rémi Grelow (20 min)
La collaboration Robert Zemeckis/ Steven Spielberg, par Rafik Djoumi (26 min)