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Un paroissien très drôle Sortie Blu-ray/DVD de "Un drôle de paroissien" de Jean-Pierre Mocky

Dans la poignée de films de Jean-Pierre Mocky que propose ce printemps l’éditeur ESC figure Un drôle de paroissien, cinquième long métrage du cinéaste. Selon les propres dires de ce dernier, interviewé pour le supplément du DVD, il s’agit de son œuvre la plus appréciée. Succès public à sa sortie en 1963, cette comédie a toujours été considérée comme une réussite. Son caractère bon enfant est sans doute l’une des principales raisons de l’attachement populaire. La satire permet en effet de brocarder gentiment la noblesse, l’Église et la police. Le vitriol n’est pas utilisé ici par Mocky. Cependant, l’absence de réelle méchanceté ne doit pas passer en cette occasion pour un défaut, le film ayant plusieurs qualités.

Toujours selon le réalisateur, Un drôle de paroissien est, depuis le début, aimé des catholiques. Son héros en est un et il l’est, en un sens, un peu trop, persuadé que le Seigneur l’invite à prélever l’argent des fidèles se retrouvant dans les troncs des églises dans le but de redresser la désastreuse situation financière de sa famille, noble et allergique au travail. Discrètement, le « pauvre » et ingénieux Georges ponctionne donc ses revenus au nez et à la barbe des agents de la brigade de surveillance des églises parisiennes. Nous sommes donc dans une comédie de gendarmes et voleurs en milieu religieux et ce sont surtout les représentants de l’ordre policier qui se trouvent ridiculisés.

Ce jeu du chat et de la souris qui fait tourner en rond dans Paris se déroule sur un rythme soutenu et au fil d’un scénario gérant habilement les quiproquos, comme ceux s’accumulant de façon enivrante dans la séquence des déguisements rendant fous les inspecteurs qui finissent par embarquer tout le monde sans distinction. Jean-Pierre Mocky a d’ailleurs sagement condensé son histoire par rapport au roman d’origine grâce à l’insertion d’une séquence de rêve évitant de développer une fin qui aurait fait quitter l’univers patiemment décrit jusque-là.

Pour qui pense au cinéma de Mocky en termes de « relâchement », voire de « bâclage », Un drôle de paroissien offre la surprise d’une réalisation soignée. Dans un agréable noir et blanc s’équilibrent les séquences d’intérieurs et d’extérieurs, les décors d’églises et d’appartements, les scènes sur les parvis et dans les bureaux. Le fait est un peu oublié aujourd’hui mais Mocky, ayant débuté en 1959, fut souvent, en ces années-là, rattaché à la Nouvelle Vague.

Le film, amusant d’un bout à l’autre, a aussi bien sûr son importance dans le rapport qu’il installe alors entre le réalisateur et son acteur principal, Bourvil. Comme plus tard dans La Cité de l’indicible peur (1964), dans La Grande Lessive ! (1968) et dans L’Étalon (1970), celui-ci campe un personnage très original ayant l’étonnante faculté de faire passer un comportement aberrant, et même totalement fou, pour quelque chose de parfaitement sensé. La contrepartie à cette absurdité poussée à son extrémité est peut-être un aspect monolithique qui empêche de s’attacher complètement à cet homme-là. Mais le plaisir n’est pas gâché, notamment parce que Bourvil est placé en opposition fertile à Jean Poiret et Francis Blanche, tous deux excellents.

 

Un drôle de paroissien
de Jean-Pierre Mocky

Avec Bourvil, Francis Blanche, Jean Poiret, Jean Yonnel, Jean Tissier, Véronique Nordey, Bernard Lavalette, Marcel Perès, jean Galland

France, 1963.
Durée : 81 min.
Sortie cinéma : 28 août 1963.
Sortie du DVD : 22 mai 2018.
Format : 1.66:1 – 16/9 – Noir et blanc et couleurs.
Langue : français.
Éditeur : ESC.

Bonus :
Entretien avec Jean-Pierre Mocky par Linda Tahir (18 min)