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Les sorties du 20 juin 2018

Le film de la semaine

 

À genoux les gars de Antoine Desrosières ***

Porté par la gouaille de ses comédiens, Antoine Desrosières pose un regard tendre et lucide sur les relations sexuelles d’un quatuor d’adolescents, et pose la dure question de la banalisation du viol. Un film troublant, mais à la construction brouillonne.

Avec À genoux les gars, Antoine Desrosières, après son moyen métrage Haramiste en 2015, collabore à nouveau avec les deux comédiennes Inas Chanti et Souad Arsane, également co-scénaristes du film. Les deux sœurs à l’écran ont grandi, et se retrouvent en pleine construction de leur sexualité naissante, mise en péril par une vidéo compromettante qu’utilisera Salim pour faire chanter Yasmina, et pour obtenir des services sexuels de sa part. La méthode de travail du réalisateur, qui construit ses dialogues à la suite de longues séances de répétition faisant la part belle à l’improvisation des comédiens, porte à nouveau ses fruits : rarement la langue parlée, flot ininterrompu de mots s’entrechoquant, pleine de saccades et d’invectives, aura semblé aussi vivante – parfois même jusqu’à l’épuisement, le film souffrant clairement de quelques longueurs. Mais cette légèreté apparente de la parole est ici à double tranchant, car il n’est pas uniquement question de mots, mais aussi d’actes : malgré toutes les tractations, excuses et autres vannes du jeune Salim, c’est bien de viols répétés qu’il est coupable envers Yasmina. La force du film est de ne pas réduire la complexité de la situation à un propos univoque (la légèreté pouvant côtoyer le drame, de la même façon que Salim peut paraître tour à tour antipathique ou touchant). Mais son dénouement, à la portée clairement symbolique, tranche avec une forme de naturalisme auquel il s’était jusque là tenu. Entre témoignage neutre et construction d’un propos militant, le film hésite – et cette hésitation lui donne à la fois sa force troublante et son regrettable goût d’inachevé.
F.B-P.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Bécassine ! **
Mixant à la fois plusieurs éléments des albums et ses propres inspirations, Bruno Podalydès nous restitue une Bécassine débordante d’énergie, d’affection et d’inventivité propulsée dans une société extravagante. Pas déplaisant mais un peu déconcertant.
M.D.

Le Doudou *
Les créateurs des Tuche passent à la réalisation avec cette comédie sympathique menée tambour battant par Kad Merad et Malik Bentalha, la nouvelle coqueluche du cinéma français. Le récit a tous les ingrédients pour séduire les ados comme leurs parents.
M.Q.

Have a Nice Day **
Après avoir volé de l’argent à un mafieux, Xia Zhang est talonné par divers assaillants qui souhaitent le lui dérober. En privilégiant une avalanche de péripéties absurdes, Liu Jian désamorce, hélas, le regard critique qu’il porte sur la Chine d’aujourd’hui.
V.V.

How to Talk to Girls at Parties **
En pleine année punk, un jeune homme romantique rencontre la fille de ses rêves : une extraterrestre de passage… John Cameron Mitchell renoue avec l’énergie de Shortbus, dans un style plus adolescent et moins abouti, mais pas moins réjouissant.
C.L.

Jericó ****
À Jericó, petit village enclavé de Colombie, des habitantes de toutes conditions nous confient, entre nostalgie et impertinence, les heurs et malheurs de leur existence sur fond de musique et de poésie. Une bal(l)ade vivifiante dans un monde qui s’éteint.
G.To.

Moi et le Che
C.T.

Sans un bruit ***
Dans un avenir proche, des créatures à l’ouïe sur-développée ont décimé une partie de la population mondiale. Une famille tente de survivre – en silence. Triomphe au box-office US, le troisième film de John Krasinski compose un exercice d’épouvante efficace.
T.F.

Une prière avant l’aube ***
Un jeune boxeur repris de justice est incarcéré dans une prison thaïlandaise. Inspirée d’une histoire vraie, cette chronique de la violence carcérale brille par son humanité et sa subtilité. Jean-Stéphane Sauvaire frappe un grand coup.
Mi.G.

 


 

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