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Wildlife (une saison ardente) de Paul Dano La vie sauvage en peinture

Pour son premier film, l’acteur américain Paul Dano se plaît à dessiner, surligner soigneusement par ses cadres très travaillés, l’univers propret d’un foyer des 60’s. Pour mieux, on le sent dès le début, en montrer les lignes de fuite, l’espace salutaire en horizon, la route à l’arrière.

L’un, le père, part chasser l’incendie, sans aucune conviction ni formation précise. Il en va d’emblée comme une évidence que le feu à éteindre est autre que celui qui consume les forêts.

L’autre, la mère, par rébellion, s’émancipe, s’éprend d’une liberté nouvelle. L’un s’absente du cadre, l’autre en choisit un nouveau.

Au milieu, l’enfant regarde tout ce spectacle, perplexe, ne sachant pas trop qui il faut sauver. Il essaye de figer, dans un dernier geste qui clôt le film, le portrait d’une famille qui aurait pu être modèle. Paul Dano est clairement là, dans ce personnage, l’acteur qui l’incarne faisant office d’un mini-lui : même bouille, même nonchalance, même sensibilité rentrée, un être un peu tordu d’être si grand dans un monde si agité.

Les plans de son film sont troublants de perfection, les plans d’ensemble étant souvent tableaux, les plans rapprochés, vignettes de pellicule avec mise en pli soignée et robe ajustée. Cette maison, trop parfaitement symétrique. C’en est angoissant, gênant. L’issue ne pouvait être que la bavure de la peinture sur la toile. On pouvait s’attendre d’ailleurs à plus grand éclat. Mais Dano a la bienveillance de son jeune héros, au centre du conflit : il croit encore à la réconciliation, et profitant de son pouvoir de metteur en scène, restera avec elle, pour un moment du moins.

Persiste tout de même l’étonnement de voir cet acteur si singulier qu’est Paul Dano emprunter le chemin d’une fresque familio-sociale par le biais de cette imagerie classique, comme celle d’un Loin du paradis de Todd Haynes ou des Noces rebelles de Sam Mendes, et choisir le vecteur d’une époque passée. L’imaginait-on marionnettiste rêvé de créatures fantastiques bizarroïdes et touchantes ? Peut-être, mais cela n’est que rêveries et projections. On le regrette un peu, tant l’acteur est propice au mystère. Cette peinture là, inédite, n’en demeure pas moins maitrisée.