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Whitney de Kevin Macdonald

À 19 ans, elle faisait son premier plateau TV. À 23 ans, elle était une star internationale. À 29, elle tenait son premier rôle au cinéma, dans un succès planétaire. Et puis, au tournant du millénaire, sa carrière, entachée par des problèmes de substances illicites, marqua le pas, jusqu’à sa mort brutale en 2012. Whitney Houston, à la fois pur produit musical de la décennie MTV et voix de mezzo-soprano unique en son genre, fut une icône. Pour son nouveau documentaire, Kevin Macdonald (Un jour en septembre, La Mort suspendue) s’est frotté à la personnalité complexe de la vedette. Rencontrant les membres de sa famille, ses proches, son entourage lors de ses tournées, le réalisateur cherche à dresser le portrait de Whitney à travers leurs témoignages et l’époque dans laquelle elle a évolué. Née dans les quartiers défavorisés de Newark en 1963, moquée par ses camarades en raison de sa couleur de peau trop claire, la future chanteuse semble avoir connu une enfance normale, voire privilégiée pour l’époque, la famille déménageant dans un quartier plus bourgeois. La réalité sera toute autre : un temps délaissée par une mère (Cissy Houston, qui fut notamment choriste, au sein du groupe Sweet Inspirations, pour Elvis Presley, Aretha Franklin, Dusty Springfield ou Otis Redding) en tournée pour nourrir sa famille, la Whitney adolescente suivra son exemple en chantant du gospel à l’église. Sous l’impulsion de sa mère, elle se produira en public, adoptant pour l’occasion la gestuelle de celle-ci. Cissy fabrique une future star, qui finira par éclore grâce au patron d’Arista Records, Clive Davis. Cissy a forgé le mental de sa fille, Clive lui donnera les clés du milieu. Pourtant, c’est une autre personne qui lui apporta, à l’époque, un équilibre quotidien : sa meilleure amie et assistante pendant près de 20 ans, Robyn Crawford. Absente des intervenants, cette dernière manque cruellement au documentaire, qui évoque un peu trop timidement la liaison supposée entre Whitney et elle. La bisexualité de la star, qui épousera en 1992 le rappeur Bobby Brown (avec Robyn à ses côtés), fut longtemps l’un des éléments tabou de la communication de la chanteuse. Car, dans les années 1990, on ne peut pas être femme, Afro-Américaine et gay. Whitney incarnait un idéal pour l’Amérique blanche, celui d’un pays en paix avec ses démons. Elle en incarnait un autre pour l’Amérique noire : celui de la possibilité d’une parfaite intégration. Si la chanteuse parvint à sauver les apparences, ce fut au prix d’un mariage finalement malheureux, et d’une consommation toujours plus grandissante de drogues et d’alcool, provoquée par un traumatisme d’enfance méconnu. Profondément croyante, terrifiée à l’idée de décevoir sa mère et corsetée par les règles d’une société (et d’un show business) homophobe, Whitney fut incapable de concilier ses désirs avec son image. Certes moins percutant que l’incroyable Amy d’Asif Kapadia, Whitney doit se voir comme un hommage “autorisé” à un destin tragique, mais dans lequel l’auteur cherche avant tout à ausculter la réalité d’un conflit racial que les États-Unis se refusent toujours à voir.