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Under the Silver Lake de David Robert Mitchell Depuis le balcon, l’imaginaire

David Robert Mitchell est assez saisissant. Dès son premier plan, infuse dans ses images une étrangeté, celle qui nous avait tellement plu dans It follows, et qui poursuivait d’une malédiction ses jeunes héros. Même façon de donner aux lieux un mystère ici, par ses mouvements de caméra, par la musique très codifiée. Sauf que ce mystère va être d’emblée renforcé par une puissante dose d’imaginaire : nous sommes à quelques pas d’Hollywood. Il n’en faudra pas plus pour mettre dans la tête de Sam plein d’images, lui qui ne fait pas grand-chose de ses journées. Les couleurs, accentuées, tendent à nous faire voir de manière assumée la fiction, et pourtant le film suit le réel plus que jamais, aux pas de son héros. Mitchell est remarquable pour sa façon d’immiscer l’étrange, le déséquilibre, dans ses histoires, comme un semeur d’épices sur un plat, un farfouilleur de plantes rares sur un champ désert. Il trouve l’ordinaire et le pimente, tourmentant en chemin ses personnages.

C’est un film qui dit l’imaginaire d’autant plus car il se nourrit de cinéma. Dans un premier temps, on pense à Hitchock avec cette ambiance particulière, avec ce voisin mateur, sa fenêtre sur cour donnant sur la piscine – motif favori du réalisateur – ou sur les seins de la voisine. Le décor est envahi de cinéma : affiches de films, télévision quasi en continu. Et puis en fait, le septième art est cité tel quel, avec cette scène de cinéma en plein air – nom d’Hitchcock en toutes lettres -, ces jeunes actrices que rencontre Sam, ou encore sa mère qui ne l’appelle que pour lui parler d’un film qu’elle adore. Tout est fait pour faire de sa léthargie une rêverie, à décrypter dans les produits du quotidien, paquet de céréales, paroles de chanson, bande dessinée. Le mystère débuté avec It follows et continué au début de ce film (à plusieurs reprises d’ailleurs les personnages diront qu’ils se sentent ‘suivis’… la boucle est bouclée !) s’ouvre ici et se fait plus ample, jusqu’au merveilleux du conte avec multiples motifs lui appartenant : le bestiaire d’animaux, le passage dans des lieux cachés comme pour une Alice, le parc, la pièce à bizarreries chez l’auteur de bd, le tunnel, le château, pour presque finir par franchir une autre dimension. Et pourtant non, nous sommes toujours à Los Angeles, aux abords d’Hollywood. Dans la tête de Sam, ou pas loin.

C’est fabuleux d’originalité, ça regorge d’envie et de folie, c’est dansant et pop, gentiment geek et nostalgique. C’est travaillé au possible, du premier au dernier plan, et pour ça, ça vaut un grand Prix de la Mise en scène.