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Retrouver son chemin dans le désert Sortie DVD : "La Fiancée du désert" de Cecilia Atán et Valeria Pivato

Qui est cette mystérieuse « fiancée du désert » ? Une femme qui a passé trois décennies de ses plus jeunes années, cet âge où l’on fonde une famille, à être au service d’une famille dans laquelle elle n’a finalement pas pu être intégrée. Tel était déjà le sujet central du film brésilien d’Anna Muylaert Une seconde mère (Que horas ela volta? 2015), du chilien La Nana de Sebastián Silva (2009), du mexicain Parque vía d’Enrique Rivero (2009), etc. C’est donc peu dire que la thématique de l’aliénation du travail domestique dans la hiérarchisation des classes sociales occupe beaucoup les consciences en Amérique latine à l’heure actuelle. Pour autant, ce sujet n’est, dans ce premier long métrage de Cecilia Atán et Valeria Pivato, qu’un contexte préliminaire qui met en avant le long processus de réinvention d’une femme, à l’instar d’ailleurs du rôle magnifique porté par la même Paulina García dans Gloria de Sebastián Lelio (2013). Dans l’abstraction faite de l’histoire passée du personnage principal Teresa, il y a une volonté délibérée d’universaliser ses problématiques : peu importe le contexte initial, l’enjeu est de pouvoir à tout âge avoir la capacité de se réinventer. Le désert dans le film devient à cet égard un personnage central capable de catalyser les tensions sourdes des personnages tout autant que d’illustrer la page vierge prête à être réécrite par les personnes qui la traversent. Deux personnages antithétiques, l’une excessivement sédentaire et l’autre nomade, partagent leur propre rapport à l’isolement, à un âge que d’aucuns prétendraient moins sociabilisant, sur un récit en apparence balisé, celui du road-movie. Comme pour Gloria, La Fiancée du désert est porté avec une imparable force de conviction par la talentueuse actrice Paulina García, dont le mutisme du personnage la pousse à développer toute l’expressivité d’un corps comprimé, étouffé par un carcan rigide. La fausse simplicité du scénario est nourri par une recherche subtile de la psychologie des personnages et comment celle-ci se révèle à l’écran, aussi bien dans l’interaction des jeux d’acteurs, que leur présence isolée face au décor. C’est là qu’apparaît également un atout remarquable pour le film : la direction de la photographie assurée de main de maître par Sergio Armstrong, responsable des images des films de son complice Pablo Larraín (No, Neruda, El Club, etc.). Voilà une fois de plus une belle alchimie entre la force d’une mise en scène, la puissance narratrice des images, l’expression profonde du jeu incarné des acteurs dans le cadre géographique d’une large densité cinématographique.

 

La Fiancée du désert
La Novia del desierto
de Cecilia Atán et Valeria Pivato

Avec : Paulina García (Teresa Godoy), Claudio Rissi (« El Gringo » Miguel Alfredo Corbalán)
Argentine – Chili, 2017.
Durée : 78 min
Sortie en salles (France) : 13 décembre 2017
Sortie France du DVD : 13 avril 2018
Couleur
Langue : espagnol – Sous-titres : français.
Éditeur : Memento Films
Bonus :
Bande-annonce
Interview des réalisatrices Cecilia Atán et Valeria Pivato