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Rencontre avec Laetitia Dosch, lumineuse dans « Nos batailles » Si on fait toujours la même chose, on se fait chier !

Éclatante dans le formidable Nos Batailles du Belge Guillaume Senez, Laetitia Dosch confirme cette énergie folle qui fait d’elle la femme de cinéma que j’aime tant ! En 2016, je découvrais pour la première fois son visage en couverture des Cahiers du cinéma. La revue titrait « Vive les excentriques ». Si elle-même ne se considère pas comme « excentrique », je confirme néanmoins que son talent va au-delà de ce que j’ai l’habitude de voir au cinéma. Un talent fantaisiste qui attire l’attention ! En effet insolite, son jeu semble lui venir naturellement. Laetitia Dosch joue comme elle respire et je retiens, moi, mon souffle. Mais ne vous méprenez pas, elle travaille comme une dingue, tout le temps. Lundi, l’auteure était en Suisse avec le cheval du one-woman-show qu’elle crée, aujourd’hui la comédienne est à Marseille pour jouer au théâtre et hier l’actrice était à Cannes où je l’ai rencontrée. Une formidable rencontre d’ailleurs, car Laetitia Dosch est une femme curieuse et de ce fait vous regarde dans les yeux et vous écoute.

 

Vous êtes comédienne et vous écrivez aussi ? J’ai entendu parler d’une histoire de cheval…

J’écris des one woman show, ce sont en quelque sorte des journaux intimes qui sont assez drôles. Là, je travaille en duo avec un cheval. C’est une femme qui cherche la dualité avec l’animal en se mettant en couple avec lui. Ça parle de notre espèce et j’y glisse des poèmes. Et puis dans la deuxième partie, une relation d’égalité se crée. Mais c’est un cheval qui ne fait rien de spectaculaire. J’ai un problème avec la condition des animaux de cirque. En ce moment, je travaille aussi sur une pièce de théâtre de Marguerite Duras.

 

En bref, vous ne vous arrêtez jamais ?

Je travaille tout le temps et je tiens à la diversité de mes projets, je fais plein de choses et j’aime que ce ne soit pas cohérent. En France, on nous case trop facilement. Ce qui m’intéresse, c’est de découvrir des choses nouvelles. C’est ça la liberté de ce métier, c’est de pouvoir entrer dans les univers différents d’auteurs et de réalisateurs. Si on fait toujours la même chose, on se fait chier ! Mon travail doit être un endroit de liberté où tout est possible, j’ai des affinités mais je ne me pose jamais dans un cadre. Je ne veux pas faire partie de quoi que ce soit ! L’époque actuelle est difficile mais c’est une période aussi où énormément de choses sont possibles dans le cinéma. J’aime voir des choses qui n’existaient pas avant. J’ai envie de poésie aussi. On en a besoin et il n’y en a pas assez. On a besoin de douceur, et en tant qu’actrice ce que j’adore c’est entrer dans la peau de gens. J’aimerais aussi avoir des rôles plus larges et plus complexes que ceux qu’on me propose. C’est important de voir les femmes dans des rôles très différents !

 

Que pensez vous de cette montée des marches avec 82 femmes ?

Ce qui m’a plu c’est qu’il y avait plein de métiers présents mis en valeur. Tout le monde est hyper important. C’est d’ailleurs quelque chose de très remarquable chez Guillaume Senez il a vraiment conscience de ça.

 

Vous êtes en effet à l’affiche du film Nos Batailles de Guillaume Senez, présenté dans la sélection de La Semaine de la critique. Vous avez aimé ce film ?

Ce qu’on peut dire du film de Guillaume Senez, par rapport aux femmes justement, c’est que bien sûr ça parle de la paternité mais on y voit aussi trois femmes indépendantes. Des femmes seules, très seules, la syndicaliste engagée, la mère de famille qui ne supporte plus ça, la femme qui cherche du sens de façon très nette. Et elles vont croiser la vie de cet homme, ce sont des personnages de femmes avec des lignes très fortes et il y a cet homme qu’elles quittent, qu’elles entourent. Elle cherche leur place par rapport à l’homme autant que lui est forcé de la chercher sans elles.

 

Guillaume Senez travaille beaucoup sur l’improvisation des acteurs, sa manière de travailler vous plaît-elle ?

C’est la deuxième fois que je travaille avec lui, j’avais joué aussi dans Keeper. Guillaume passe un temps fou à écrire un scénario super précis et puis tout d’un coup il nous dit « allez on oublie le scénario» et il va se servir de ce qu’on propose, tout en nous guidant pour nous amener vers son film. Il garde ce qui lui plait, il ajoute ce qui manque, il part de ce qui se cache derrière les mots. J’aime travailler avec lui car j’aime inventer des choses. J’aime aussi le travail d’équipe, être avec des gens, inventer ensemble, c’est génial !

 


photo © La Semaine de la critique (Laetitia Dosch et Romain Duris avant la présentation de Nos batailles à l’espace Miramar)