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Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré

Plaire, aimer et courir vite ne nous avait pas été montré en amont du festival : d’autres revues (et, par conséquent, d’autres lectorats) en avaient eu la primeur : ne nous appesantissons pas sur une rancoeur qui, en plus d’être passagère, tient moins à la fierté mal placée d’une poignée de critiques qu’au regret de n’avoir pu, plus tôt – comme les Inrocks, pour ne citer qu’eux -, vous dire tout le bien que nous en pensions. Car le film, très beau, justifie pleinement le retour en compétition de son auteur, en premier lieu en ce qu’il renoue avec les temps forts (Dans Paris, Les Chansons d’amour…) d’une filmographie portée sur des chassés-croisés amoureux doublés de déprime ou guettés par le tragique, où le désir circule à l’air libre, se déploie dans l’espace (parades amoureuses dans un parc, filature inversée depuis une salle de cinéma jusque dans une chambre d’hôtel – trajet des plus naturels pour un auteur dont les films disent le voisinage immédiat, la communication intime, entre la vie et les œuvres) comme dans le discours. Belle romance, donc, que celle qui s’y noue, le temps d’une nuit puis à distance, épistolaire, téléphonique (le film puise joliment dans un romanesque un peu lointain déjà, des cartes postales et des cabines téléphoniques), entre Arthur (Vincent Lacoste, qui achève sa mue en quasi jeune premier : de l’ingrat Hervé des Beaux gosses, seul aura subsisté, intact, un rire que moquera d’ailleurs le personnage de Denis Podalydès), jeune Breton papillonnant d’une aventure à l’autre, et Jacques (Pierre Deladonchamps), écrivain de quinze ans son aîné et condamné, à brève échéance, par le virus du Sida : à ces deux-là, il n’aura pas été permis de vivre une histoire en bonne et due forme, les joies mêmes du désamour leur auront été ravies, et pour autant quelque chose de fondamental, de l’ordre de la transmission (d’affects, de gravité, de tropismes littéraires), s’y sera joué. Louable bienveillance, également, qui consiste à témoigner une égale attention à l’endroit des ex, amants de passage et amis ; élégante reconstitution, enfin, du Paris des débuts des années 1990, baignée de standards de l’époque (Massive Attack, Cocteau Twins…) et que l’on devine nourrie des souvenirs du cinéaste plutôt que vouée à l’inventaire des signes ostensibles de l’époque.