Rechercher du contenu

Marion Cotillard : le cinéma est un environnement sauvage rencontre autour de Gueule d'ange de Vanessa Filho

On ne peut pas vraiment parler de « manifestation» mais plutôt d’une “réunion” : samedi, 82 femmes de cinéma ont livré une montée des marches 100% féministe. Marion Cotillard était l’une d’elles et pour aller au-delà du geste, faire écho à cet évènement, nous l’avons rencontrée.

 

Était-ce indispensable pour vous d’être présente à cette montée des marches féminine ?

Oui car nous avons une voix et nous pouvons la faire porter loin pour sensibiliser à propos des conditions de travail. Nous pouvons le faire pour toutes les femmes et les hommes qui n’ont pas cette capacité d’attention. C’était une étape nécessaire, surtout ici, de se rassembler et montrer la force de cette révolution qui a commencé il y a quelques mois…

 

Des actrices en effet sont sorties du silence quant à leur condition dans le milieu. Vous pensez que cela va changer le cinéma ?

J’espère que cela changera le monde ! Certaines choses inacceptables étaient permises. Enfin, cela se termine et je pense que c’est important d’en parler car des femmes dans d’autres secteurs, n’ont pas cette opportunité, celle d’être entendue.

 

Vous pensez que vous avez du pouvoir ?

Nous avons tous du pouvoir. Mais parfois nous sommes sous les projecteurs et nous en profitons car les gens nous écoutent. Les gens écoutent des femmes comme Cate Blanchett et Agnès Varda. Cela donne du pouvoir à cette bataille, parce que c’en est une ! Beaucoup trop de femmes n’ont pas la possibilité de s’exprimer avec cette énergie puissante que nous avons. Ce qui s’est passé il y a quelques mois et qui a donné naissance au hashtag #metoo concernait des personnes en position de faiblesse et je pense que le fait d’en parler et de se battre, donne à ces personnes plus de force pour se défendre et pour changer les règles du jeu. Nous vivons dans un monde où il faut se vendre pour obtenir un travail. Même si on a fait des études, si on fait du bon travail, même si on est le meilleur dans son domaine, on ne sera jamais sûr d’être embauché. Des gens malveillants profitent de ça. À cet égard, le cinéma est un environnement sauvage. Beaucoup de gens veulent faire partie du business, beaucoup de jeux de séductions en découlent.

 

Depuis le mouvement #metoo, les femmes sont-elles traitées différemment ?

Les choses ont changé. Il y a comme une peur de la part de certains hommes qui ressentent le fait que aujourd’hui tout est lié à cette discussion autour des femmes. Je suis désolée pour eux. Mais je pense que c’est nécessaire que ces étapes se fassent. Le rêve ultime c’est que, à travers l’égalité, nous concilions les hommes et les femmes et que la subordination des femmes s’arrête parce que ça n’a aucun sens. Pour le même travail, une femme doit être payée comme un homme. C’est une honte pour l’humanité que nous devions encore nous battre pour ce genre d’égalité. Nous devons être plus intelligents que ça. La subordination des femmes n’apportera jamais rien de bon dans ce monde.

 

Mais avez-vous senti une différence ? Avez-vous personnellement été traitée avec plus de respect ?

Malheureusement j’ai été confrontée à des hommes malades dans ma vie. Mais je n’ai pas été confrontée au sexisme quotidien, ni dans ma vie, ni dans mon travail. Mais j’ai vu et entendu des histoires folles ! Si vous rassemblez 10 femmes dans une pièce d’ailleurs, elles auront toutes une histoire à ce sujet. Ça ne peut pas continuer.

 

Vous êtes à l’affiche du premier film de Vanessa Filho, Gueule d’ange, le fait d’y jouer participait-il à l’envie de soutenir un premier film, féminin qui plus est ?

Non pas du tout. Ce qui a compté dans ma décision c’est le fait que je sois tombée amoureuse du script, du rôle, c’était un personnage que je n’avais jamais joué. Je suis tombée amoureuse de la réalisatrice aussi, Vanessa Filho, c’est une artiste formidable. Sa poésie, sa sensibilité, sont vitales pour raconter une histoire. Quand on la rencontre c’est évident qu’elle s’exprime à merveille à travers cet art qu’est le cinéma. C’est génial qu’on soit à Cannes, avec un premier film.

 

Vous y tenez le rôle d’une mère alcoolique. Il y a quelques jours Carey Mulligan disait justement que le rôle le plus difficile à jouer c’est celui-là…

C’est dur car on ne sait jamais si on en fait trop ou pas assez. C’est dur de trouver l’authenticité. D’autant que vous ne pouvez pas boire, ce n’est pas une option ! Mais je me suis entraînée… pendant des années ! [rires] Et puis j’ai pu observer des gens saouls, autour de moi, souvent. Plus sérieusement, j’ai une expérience avec l’alcool évidemment. Je n’ai jamais été alcoolique mais j’ai déjà été saoule, souvent, dans ma vie, je dois bien l’avouer !