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Mads Mikkelsen : à hauteur d’acteur dans "Artic" de Joe Penna

Dans le saisissant film de survie de Joe Penna, le portrait s’affiche en immense, et il est d’autant plus accrocheur qu’il lutte pour exister. Un homme s’est crashé sur les flancs de l’Arctique. Face au lieu dévorant, l’individu à l’image s’impose montagne, corps bouclier et visage paysage. Il est vecteur, centre de l’histoire ; de lui partent les issues, contre lui se confrontent les dangers. Il fallait l’incarnation idéale, celui qui pourrait donner le change à une neige infinie et à des vents incessants.

On sait que Mads Mikkelsen a les épaules. Il a été Chiffre, Kohlhaas, Stravinsky, médecin royal. Sa grande taille, ses pommettes. Son personnage ici est le timing de l’histoire, tous ses faits et gestes sont scrutés, se répètent, dynamisés par le tic tic d’une montre qui a encore ses piles, exemple à suivre dans ce fâcheux contexte. Les pas doivent être rigoureux, sous peine d’une mauvaise chute ou d’une mauvaise rencontre.

Plus qu’un vecteur de suspens, Mikkelsen est cinéma. Forcé au mutisme, il invoque le mime, devient pantin en peine, cobaye, rugissement. Doit composer avec l’inerte, parler pour deux.

Plus qu’un pion sur le plateau de jeu de la survie, grandiloquent sur un écran de cinéma, sa partition est aussi celle de l’intériorité. Il joue la question, la réaction de l’esprit. Que fait-on avec cette pesante solitude, pourquoi continue-t-on. Que se dit-on, avec qui parle-t-on quand il n’y a personne. Sans interaction possible, l’acteur existe essentiellement par ses gestes et son visage. Les pensées deviennent palpables, dernier regard vers l’avion-maison, enfin autre chose à manger que du poisson, sentir la chaleur, d’une flamme, d’un autre corps.

Le titre du film vante le lieu. Mais c’est bien le portrait de l’homme qui domine et reste en mémoire, malgré l’absence de nom ou de voix. Les grands acteurs sont faits pour nous donner à voir les partitions aussi diverses et passionnantes que celles du spectacle de l’extrême, la traduction de l’intériorité et la parabole du monde environnant. Hé oui, tout cela en même temps, mais c’est pour cette raison qu’ils sont grands. Il faut remercier Joe Penna de s’être concentrer à ce point sur ce portrait. L’homme-personnage-lutteur-acteur-géantissime se meut en drapeau à la conclusion de son portrait. Un drapeau vacillant, mais que l’on finit par voir de loin. Chanceux les autres de le voir lui hors compétition, car le drapeau aurait eu la Palme.