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Les sorties du 2 mai 2018

Le film de la semaine

 

Takara de Damien Manivel et Kohei Igarashi ***

Sur le chemin de l’école, Takara, 6 ans, se met en tête d’aller retrouver son père, qui travaille dans la ville voisine. Damien Manivel et Kohei Igarashi signent une promenade à hauteur d’enfant, précise autant que rêveuse, riche de ce dont chacun voudra bien l’investir.

Changement de latitude, longitude et saison pour Damien Manivel, qui signe là sa première coréalisation (avec Kohei Igarashi) : après le Poitiers estival du Parc, voici le nord enneigé du Japon. Là encore le chemin ne se bornera pas à la recension de ses étapes, et prendra moins le tour d’une initiation que d’une déambulation rêveuse où, toujours, le réel débouche sur autre chose, ou suppose autant de versions qu’il existe de regards portés sur lui, de parcours tracés en lui. Le cinéma de Manivel est a priori si limpide (la nuit tombe sur une fille, qui tombe dans sa douleur : Le Parc ; comme il est long, et fatigant, et nécessaire, de cheminer vers son père : Takara), il épouse à ce point la logique du conte, qu’il en devient indéchiffrable, en ce sens que son appréhension, sans manquer, est à la discrétion de ses spectateurs. Film sonore, mais sans dialogues, Takara fait suite à un film qui avait placé ces derniers au cœur de son dispositif (marivaudage sous les arbres, sublimes échanges de SMS à même l’écran), d’où le sentiment que le cinéma de Manivel répond à des envies très simples, les siennes propres ou celles de son personnage, vouées d’ailleurs à s’accorder (pour l’un, filmer la neige, pour l’autre, jouer dedans), et tout à la fois procède, sinon d’un calcul, d’une conscience aiguë de la façon dont les films se suivent, se répondent et se complètent. Rien d’étonnant, dès lors, à ce que Takara prolonge l’un des beaux soucis du Parc : le soleil se lève, puis se couche (ou le contraire), et nous croyons vivre nos vies dans un réel qui, toujours, serait le même, sans chausse- trappes ni chemins de traverse. Les adolescentes au cœur lourd et les petits garçons rêveurs en soient témoins, il n’en est rien.
T.F.

 

 

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Action ou vérité *
Un groupe de jeunes joue à Action ou vérité dans une ruine mexicaine mais brrrrr… le jeu prend le pouvoir. Le point de départ d’une intrigue un peu bête et sans surprises qui échoue à faire peur et dont les interprètes manquent de charisme.
M.Q.

Les Anges portent du blanc ***
Binaï, station balnéaire chinoise. Mia, 16 ans, réceptionniste, est témoin du viol de deux fillettes de 12 ans par un potentat local. L’enquête commence. Sans papiers, Mia se tait pour garder son emploi. Un film puissant sur la condition des femmes en Chine.
G.To.

Comme des rois **
Un père, petit escroc sans envergure, entraîne son fils dans ses combines, quand celui-ci voudrait troquer le porte-à-porte contre le mot à mot. D’un réalisme précis, cette chronique de la filiantion et de la précarité s’enlise dans un récit monocorde et sans relief.
I.B.

Cornelius **
Le premier long métrage de Yann Le Quellec est un film atypique, quelque part entre la fable cruelle et le drame romantique, dont l’élégante mise en scène dépouille le récit, pourtant poétique, de son potentiel émotionnel.
A.L.

Daphne **
Égocentrique et dévergondée, Daphne remet en question son mode de vie turbulent après avoir été témoin d’un braquage. Consacrant son premier long métrage à un personnage foncièrement antipathique, Peter Mackie Burns signe un portrait réaliste, mais assez agaçant.
V.V.

Hôtel Salvation **
Un vieil homme décide d’attendre la mort près du Gange, mais celle-ci peine à pointer le bout de son nez. Teinté d’une mélancolie amère, le film peine, lui aussi, à se défaire de la sempiternelle thérapie de l’incommunicabilité familiale.
C.Lê.

MILF *
Qu’on ne s’y trompe pas : la quadra a la jambe galbée et la langue pendue. Axelle Laffont s’amuse des idées reçues sur ce que l’on qualifiait autrefois de “femme mûre”. Sans dynamiter le cadre, elle investit plutôt bien l’espace de cette comédie légère.
Ch.R.

Nous, les intranquilles ***
Ce documentaire collectif et expérimental, imaginé par les patients d’un centre d’accueil psychothérapeutique, propose une réflexion sensible et intelligente sur sa propre élaboration ainsi que sur la représentation de la maladie mentale.
J.L.

Otages à Entebbe ***
Le Brésilien José Padilha confirme son intérêt pour des sujets bien réels avec ce récit de la prise d’otages d’Entebbe, en 1976. La mise en scène, efficace, y est entièrement au service d’une approche quasi documentaire, évitant tout sentimentalisme.
M.Q.

Paul, apôtre du Christ
Chronique à venir

Rampage *
Un primatologue veut sauver son gorille et ami, George, infecté par un pathogène qui augmente sa croissance et son agressivité, alors que d’autres animaux contaminés sèment le chaos. Ça a l’air stupide ? Oui. Spectaculaire ? Aussi. Amusant ? Beaucoup moins…
Mi.G.

La Révolution silencieuse ***
Près de Berlin, 1956. Pour avoir suivi une minute de silence à la mémoire d’un footballeur hongrois tué durant l’insurrection de Budapest, une classe de terminale fait l’objet d’une enquête. Un fait historique captivant et d’une brûlante actualité.
G.To.

Senses 1 & 2 **
Cette première salve d’un film-fleuve peut être vue comme une pièce unique (en ce sens, elle est sans doute encore plus intéressante), ou comme une jolie introduction, un brin stéréotypée, mais pas dénuée du charme cotonneux des portraits au long cours.
C.D.