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Les Confins du monde de Guillaume Nicloux Les cloches de l’enfer

1945. Robert Tassen vient d’échapper à un carnage. La vengeance qui l’habite – son frère a été décapité devant un général vietnamien – lui donne la force de traîner son corps affaibli en dehors du tas de cadavres entassés au-dessus de lui. Après avoir été recueilli par des paysans, guéri de ses blessures, il regagne les rangs de l’armée française pour apaiser sa soif de sang. Sang putride, sang gangréné, sang qui sèche sur les carcasses déchiquetées qui sont déposées à la porte du camp militaire : pour Les Confins du monde, Guillaume Nicloux s’attarde sur les restes de la violence plus que sur la violence en elle-même. L’occasion pour étudier toute l’âpreté et la désorientation propre à ces guerres de bout du monde. En convoquant des références explicites au corpus hollywoodien sur la guerre du Vietnam (Apocalypse Now, Voyage au bout de l’enfer) par le truchement d’une nonchalance à la française, Nicloux met en place une plongée coloscopique dans les tréfonds d’une jungle infernale qui déstabilise et nous fait perdre la notion du temps. Il y intègre des contre-temps, des présences fantomatiques et des instants de flottement à l’opium. Les dialogues entre soldats semblent contaminés d’une folie aride. On s’insulte comme on on donnerait un ordre militaire. On annonce son homosexualité au détour d’une phrase, comme si de rien était. On perd son sexe ou l’on crève dans l’indifférence de ses confrères. Face à toute cette cruauté plus que bienvenue dans le paysage cinématographique français, une seule sortie de secours : la figure réconfortante de Gérard Depardieu, qui apparaît entre deux crises névrotiques pour nous arracher des entrailles de cette terrible jungle.